Aphorismes et périls
Éclats de SEP
♦ La bonne santé, silence des organes, l’art de n’y pas penser, n’apparaît que sous la forme du regret.
♦ Sep impose une disputatio incessante entre soi et le deuil de soi.
♦ Sep intensifie l’existence. Actualisant vie et mort ensemble mêlées, le malade est un être quantique.
♦ Ils travaillent, parlent et s’agitent jusqu’à épuisement, cet épuisement à partir duquel le sépien compose. Chacun d’un côté de la frontière, peut-on envisager formes de vie plus disparates ?
♦ Sep en pente douce. J’ai espéré malheur plus grandiose, mais je demeure lent, lourd et médiocre.
♦ L’hôpital est parfois peu hospitalier. Aux Urgences, il ne faut pas être pressé.
♦ Étrange maladie que de vouloir absolument nous soigner.
♦ Vu mon état, la maladie se porte bien.
♦ Sep ou le double exil, loin de soi, loin des autres.
♦ Il y a loin entre un philosophe qui parle de la maladie et un philosophe malade.
♦ Avec la maladie la mort devient désirable. Cette réconciliation n’est pas la moindre des béatitudes.
♦ Appeler la compassion, demander de partager sa souffrance et faire participer un innocent à un mal étranger, lui transmettre la maladie en quelque sorte, cela ressemble à une appétence sadique, non ? Ou pire, une vengeance dissimulée.
♦ L’inconsolable peut-il encore consoler ?
♦ Personne n’héritera de mes douleurs. J’en ai des coffres pleins.
♦ La SEP investit à long terme. Placement sûr, faible rentabilité, stratégie de notaire en province.
♦ La SEP rend sage. Mais Hegel a raison. La sagesse ne sert à rien quant à l’action. Tard sera toujours trop tard.
♦ Depuis la maladie, je suis nostalgique de ce dont j’estime avoir été dépossédé. Si pas la SEP, alors ceci, cela. Ce délire est mortifère.
♦ SEP de la langue. Quelques mots s’agitent. Les formes verbales se dérèglent. La syntaxe se mélange les pinceaux. Trop fatiguées, certaines syllabes restent couchées. Après bien des efforts, tout se tait. Ce silence sera grand.
♦ L’absurde de ma SEP outrepasse les philosophies de l’absurde. Elle n’en laisse que ruines.
♦ Le malade vit autrement. Vit-il moins ?
♦ Je suis fatigué d’expliquer comme je suis fatigué.
♦ « Pour moi, la vie, c’est mort.» (propos de salle d’attente)
♦ Le début de la joie consiste à accepter la non-guérison.
♦ Dehors, les oiseaux volent dans le ciel infini. Les poissons nagent dans l’eau claire. Les renards courent à l’orée des bois multicolores. Je me traîne comme un cafard dans une chambre astiquée et proprette.
Sepiritualité
♦ Le chrétien sait qui engueuler. Je plains l’athée. Insulter le hasard…
♦ Il semble illogique de tenir les deux propositions suivantes : nous ne connaissons pas l’origine du mal ; Dieu n’est pas à l’origine du mal.
♦ Si le Christ n’a pas répondu à la question de l’origine du mal et de la souffrance, il n’a pas répondu à la principale interrogation humaine. Pourquoi ?
♦ Épuisé par la maladie, je savoure la parole inépuisable.
♦ Avec SEP, je suis Bartimée. Je m’assois sur le bord de la route, à la sortie de la ville, Jéricho, ville première de la conquête en terre promise, celle de notre commune défaite. Je mendie. Si le messie passe, j’entendrai la foule et le remue-ménage. Je crierai « Fils de David, aie pitié de moi ». Que dire d’autre ? Quelle importance ? Il ne m’entendra pas. Son chemin est tissé de nos chemins. Ils sont tant autour de lui. Il a tant à faire. Il passera sans me voir, comme les autres. Je pourrai mourir en paix. On jettera ma carcasse dans le fossé, avec les chiens. J’y serai bien. J’ai toujours aimé les chiens. Ils lèchent les plaies des pauvres.
♦ La consolation du néant serait de ne plus souffrir. Mais ce « ne plus » pose question et suffit pour abolir l’idée de néant.
♦ Si tout va bien, je m’angoisse. Quel désagrément à venir ? La maladie me rassure. Elle guérit mon anxiété. Heureuse catastrophe.
♦ J’expérimente une certaine grandeur d’âme pour entrer dans la décadence de soi.
♦ En acceptant l’Inéluctable, tu rendras sa juste place à l’Impossible.
♦ Le Christ ressuscite avec les marques du martyre. Vais-je ressuscité avec les marques de la SEP ? Serons nous « comme des anges » (Mc 12, 25 //), sans souvenir de ces tracas corporels ? J’entrevois le ridicule de ces questions. Je ne vois pas comment ne pas les poser.
♦ Le paradis est perdu ou invisible. On y passe et c’est trop tard. Il apparaît quand on s’en éloigne. Celui qui dit « c’est le paradis » désigne une idée du paradis. Une idée du paradis n’est pas le paradis.
♦ Sur la Croix, le Christ fait ce qu’il peut. Il demande au Père : « Pardonne-leur. » Sous-entendu : « Fais le boulot, moi je ne le puis pas.» Et il devient platonicien : « Ils ne savent pas ce qu’ils font.» Ce non-savoir les sauve. Je prie : « SEP, donne-moi le non-savoir. »
♦ L’ermitage que m’impose la maladie est un avant-poste de la joie paradoxale. Thierry l’ermite.
♦ Comme prêtre, je préfère mourir au milieu des pécheurs, que vivre au milieu des purs.
♦ J’ai cru devenir sage en distinguant la mort de la vie, pour la placer en regard de la naissance. La mort comme naissance à rebours. J’en doute aujourd’hui. Les entrées valent-elles les sorties ? La mort qui abolit n’est-elle pas différente par essence de la naissance qui institue ?
♦ Ma lourdeur d’éléphant sera planche de salut. Ma fatigue de marteau-pilon sera grande vigueur.
♦ Étrange sentiment que d’être malade et de porter en soi le remède du monde.
♦ Il y a dans la maladie un chemin rebours qui rapproche de la mort, entendez de cette grande singularité de l’existence engloutie, le Néant-Dieu, celui de Maître Eckhart. Glisser lentement dans ce champ de force n’est pas sans attrait ni délices.
♦ Comme critique des anciens points de vue (le moi, le bonheur, les devoirs, etc.), la SEP me prépare à la critique de tous les points de vue, jusqu’à accepter leurs abolitions.
♦ La SEP ressemble au Dieu d’ISRAËL : jalousie, exclusivité radicale, injonction à la vie partagée, en particulier par l’observance absolue de sa Loi. Nietzsche en déduirait l’aspect pathologique de cette croyance. J’y vois plutôt l’indice d’une profondeur vitale qui la situe au cœur du réel, tiers chemin entre fantasme et mort.
♦ Grâce à la SEP, j’ai été touché par cette vérité insupportable : tout ce qui existe est mortel, ou en train de mourir, ou tout ce qui existe est déjà mort. Pourquoi cette pensée m’a-t-elle apporté plus de joie et d’espérance que de tristesse et d’angoisse ? Pourquoi vit-elle en moi comme une libération ? Pourquoi a-t-elle apaisé mon existence ? Suis-je devenu capable de saluer la mort corporelle comme ma sœur bien-aimée ? Suis-je réconcilié et déjà vivant d’éternité ?
♦ Autre découverte : La mort est l’état final du vivant, le constat du « plus en vie ». Rien ne meurt qui ne fut vivant. La mort n’est donc pas absolue. Elle doit être distinguée du néant. Elle ne nie pas la vie. Elle travaille à un autre niveau, en dessous si j’ose dire.
♦ Le prix de la grâce est très élevé, exorbitant. Il n’est pas sûr que nous puissions l’honorer. C’est pourquoi il n’est pas impossible que ce soit le dieu lui-même qui s’en acquitte, par exemple en nous demandant pardon.
♦ L’homo sépien découvre sa nudité, se cache et disparaît aux yeux du monde. À Lourdes, le temps d’un pèlerinage, on l’habille. Il sort alors à la lumière recouvrée. Exposition et déambulation du Saint-Sacrement : la cohorte des malades. Miracle en procession aux flambeaux. Cela ne dure pas. Il faut rentrer. C’était drôle, étant sauf le goût amer des sermons épiscopaux, amphigouriques et ridicules.
♦ Aimer les pauvres, c’est s’aimer soi-même. Qui n’est pas pauvre ? Aimer ses ennemis, c’est s’aimer soi-même. Qui n’est pas son ennemi ?
♦ La mort disperse, l’amour rassemble.
♦ Avec les douleurs de la maladie, les figures symphoniques du divin perdu : Dieu caché, absent, en colère, en voyage, mort, fable, etc.
♦ Les pauvres, les malades, les mal foutus, sont aimés de Dieu. Quelle bénédiction ! Les riches, les puissants, les grands de ce monde travaillent à être aimés de Dieu. Quelle sinécure !
♦ L’idée de matière est encore plus floue que celle de Dieu, peu claire. Comment penser le changement si tout est matière ?
Nature
Aujourd’hui, rien. Demain, on verra bien.
La vie c’est passionnant, mais on n’y comprend rien.
C’est parce qu’il faut bien vivre que l’on cherche à vivre bien.
La faim rend toute nourriture délicieuse. Les ascètes font des festins de soupe et de fèves.
Le vrai riche n’a pas l’idée d’être pauvre.
Ne pas innover, voilà du nouveau !
L’homo sapiens semble mal embranché, puisque le mâle est fait.
Les EHPAD sont aussi des orphelinats.
Au réveil j’envisage le néant de la mort. Je me rendors.
Les machines, les puissants comme les dieux n’aiment pas que nous leur échappions.
La différence des sexes est un ravin qu’il nous faut combler avec des mots maladroits.
L’indifférence de la nature devrait nous alerter.
Le « à jamais » de la mort embrasse le « pour toujours » de l’amour.
L’arbre ne voyage pas ; il écoute le vent passe.
L’humain qui meurt émet-il une particule spirituelle ?
Tout a une fin sauf la mort. Curieux.
Impossible de parler à une fourmi. Trop occupée.
Les chefs arrivent, règlent les problèmes et s’en vont, après en avoir créé d’autres. Ils reviendront donc.
Descartes, un philosophe à poêle.
Autochtones ou avant-derniers envahisseurs ?
On voit bien que la nature n’y arrive pas. Elle cherche.
Tout excité à l’idée de jouir.
Si les animaux pouvaient picoler, ils seraient bourrés du soir au matin.
La mort ressemble à un cabinet de curiosité.
J’aime le mot vestibule, mais moins que libellule.
Il s’entendit le dire, mais ne se voyait pas le faire.
Le chat, assis derrière sa vitre, contemple la rue. Le chat et la vitre, deux silences glacés, amis complices de nos sociétés de surveillance.
« Philosopher, c’est apprendre à mourir. » Doit-on apprendre ce que l’on sait déjà ? Qui pourrait échouer à mourir ?
En français, « pour toujours » voisine « à jamais ».
Dès que j’entends « les Lumières », j’éteins.
Au ras de la vie, d’étranges phénomènes. Au ras des mots, des sens inattendus. Quand tout s’abaisse, un monde nouveau s’ouvre.
« Nous sommes sur terre pour profiter de la vie. » Le profit, partout.
Le silence et la solitude sont drogues dures.
Le « progrès » permet des choses et en interdit d’autres. Quel bilan ?
Difficile de croire à la théorie de la sélection naturelle quand tu regardes une poule.
On devrait mourir dix minutes, pour essayer.
Ce soir, j’envie ces êtres et ces peuples qui pensent avoir raison parce qu’ils sont heureux.
Jusqu’à présent je n’ai tué personne puisque je n’ai engendré personne. Eunuque, innocent.
Nous dirons « une affaire de robots » comme les bourgeois discouraient hier d’« histoires de bonnes femmes ».
Étrange délire à dévoiler les apparences. Derrière les apparences, d’autres apparences.
Conversation avec une équipe de gens au projet généreux et aux cœurs secs.
Un mauvais livre écrit par un humain sera-t-il préférable à un bon livre écrit par un robot ?
Dans ce monde volatile, il est étrange que la mort soit si certaine.
Tout exercice du pouvoir est une dévoration.
Nous pensons chaque jour à certains morts. Nous pouvions les oublier vivants des semaines entières.
Ils appellent cela talent, travail, mérite, vertu, récompense. On aurait pu autant dire chance, charme, privilège, beauté, hasard, dentition parfaite.
Pourquoi garder souvenir si la mort va tout engloutir ? Oublions ! La mort peut-être nous oubliera.
Les matérialistes qui aiment, aiment-ils seulement la matière ? Les spiritualistes qui aiment, aiment-ils seulement un esprit ?
Rimbaud, par grandeur morale, a consenti au fade pour fuir le féroce, choix antitotalitaire.
Les plantes ont-elles peur la nuit ?
Parlons bonheur. Si l’humain n’y arrive pas, si personne jamais n’y est arrivé, cela signifie sans doute que cela est impossible en l’espèce.
Le plaisir du casino est lié à la certitude de la perte. Il en va ainsi de la vie.
Ce qui vit : naître, survivre, se reproduire, jouir, souffrir, mourir.
Mieux vaut tard que jamais. Mieux vaut jamais que trop tard.
Néant-Vie-Plus rien. Cette séquence étonne et inquiète.
Il planta ses doigts gourds dans la terre du poème et sa joie Reverdy.
J’envisage de plus en plus mon existence actuelle comme un stage Erasmus dans un pays étranger.
Spiritualité
♦ L’éternité n’est qu’un début.
♦ « Je n’ai pas vu la vie passer ». En nous la vie passe. D’où vient-elle ? Où va-t-elle ? Quel est son projet ? Cet écoulement d’un instant, crue et décrue, conscience de ce transport, serait-il notre condition ?
♦ De ma vie je n’ai rien fait, et j’ai bien fait. Une réussite en somme.
♦ Priorité pastorale : évangéliser l’intelligence artificielle, comme Paul évangélisa les Grecs.
♦ Le dérèglement climatique est la conséquence d’un dérèglement psychique. Pour traiter l’un, soigner l’autre.
♦ Le Christ échoue complètement. Seul un dieu peut autant rater. En lui seul j’ai confiance. Je suis athée des autres et je vomis leurs clergés.
♦ Pas d‘enclos. Le réel est ouvert sur un gouffre béant, m’en déplaise. J’appelle cela de mots compliqués. Cela rassure, crée un enclos de mots, dernier espoir. Puis la mort abolit les mots, brise l’enclos et le dernier espoir.
♦ Celui qui est seul ne le sait pas. Car « pour se sentir seul, il faut au moins attendre quelqu’un. »1 Dieu s’est-il ainsi découvert solitaire quand il partit à la recherche de l’humain ?
♦ Chacun chez soi et le Dieu des armées pour tous. Un Dieu désarmé, quelle idée ?
♦ Les chemins de Dieu sont tortueux comme les troncs noueux des vieux oliviers.
♦ La venue du messie n’abolit pas son attente, elle l’attise.
♦ Le verset de la Bête, Jn 6,66 : « À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. »
♦ J’attends Dieu, j’attends la mort, attentes symphoniques.
♦ Évangile, un certain chemin à travers l’immense vacuité du monde.
♦ Péché d’origine ou force d’inertie d’une espèce malade ?
♦ Dieu n’est pas consolation, mais lumière (Simone Weil). Vrai, comme est vraie la question que cette phrase inspire à Simon Leys : la lumière n’est-elle pas consolation ?
♦ Le Dieu chrétien est discret car il est timide.
♦ « Puis il prit la main tendue de la jeune fille et ils restèrent là, debout, l’un devant l’autre, étouffés comme par une grande nouvelle qui ne pouvait pas se dire. »2 L’Église, étouffée par l’évangile qui ne peut plus se dire.
♦ La générosité égocentrée. L’amour qui n’aime pas. Le don de soi mis en scène. Se donner aux autres, mais pour soi. Tout donner mais retenir le don. Le plus ardu n’est pas de tout donner, mais de donner le don.
♦ Dieu échoue pour que l’homme réussisse.
♦ Se perdre pour se laisser trouver.
♦ On ne peut saisir ce qui nous saisit. On ne peut saisir l’insaisissable.
♦ Ressusciter l’idée morte de résurrection. L’inventer comme on invente un trésor.
♦ Le saint ne séduit pas.
♦ J’écoute un idiot réciter son mantra : « La religion est une invention de l’homme pour se rassurer. » Je pense : le capitalisme est une invention de l’homme pour se rassurer avec des objets idiots ; le langage est une invention de l’homme pour se rassurer dans la forêt obscure ; l’art est une invention de l’homme pour se rassurer et croire vivre plus. Toute chose humaine n’est qu’une invention de l’homme pour se rassurer. Ce que j’écris ici et maintenant, je l’écris pour me rassurer. Me voici rassuré. L’idiot avait raison.
♦ Étant soudain toute chose, je crus régresser vers une vie antérieure. Grande fut ma surprise quand je découvris avoir progressé vers une vie postérieure.
♦ Celui qui veut voir doit être vu. Tel est vu qui croyait voir.
♦ En régime d’incarnation, Dieu s’adapte. Ce modèle est contraignant pour la pastorale et pour le ministère.
♦ Internet réalise l’irréel à mesure qu’il déréalise le réel. Jeu à somme nulle, nouvel exode.
♦ Comment croire sérieusement à la résurrection si l’on n’accepte pas la mort telle qu’elle est. Ne ressuscite que les morts complets. Encore faut-il qu’il nous connaisse, qu’il y ait trace de nous (un fichier, ce que l’on appelait l’« âme ») sauvegardée (ce que l’on appelait « le salut ») dans un cloud (ce qu’on appelait « le Ciel »).
♦ Évêques ou chefs multicolores, déguisés en habits d’évêque ? J’en vois qui s’exhibent comme le saint Sacrement !
♦ Je lis chez Paul Veyne : « Seule la pensée moderne, avec Spinoza et Hume, comprendra que les fausses croyances naissent d’une faculté de l’esprit, l’imagination, ou d’un travers, la superstition, voire de la fourberie des prêtres. Puis on prendra la mesure de l’immense capacité humaine de mythifier et on parlera de fonction fabulatrice. »3 Pourquoi s’arrêter là ? Je poursuis, en bon historien : « Seule la pensée post-moderne, contre Spinoza et Hume, comprendra que les fausses croyances à la raison naissent d’une faculté de l’esprit, l’imagination, ou d’un travers, la superstition, voire de la fourberie des philosophes. Puis on prendra la mesure de l’immense capacité humaine de mythifier et on parlera de fonction fabulatrice du matérialisme. » Et c’est reparti pour un tour.
♦ Quand le voile du Temple se déchire, par le haut (cf. Mt 27, 51; Mc 15, 38) ou par le milieu (cf. Lc 23, 45), de partout, apparaît la nudité de Dieu. Cette impuissance est insupportable.
♦ La foi chrétienne est une lunette astronomique pour explorer le mystère.
♦ Je crains les catholiques qui auraient été de bons musulmans en terre d’Islam ou de bons communistes en URSS.
♦ À l’humain, tout est pardonnable. Pour être impardonnable, un acte peccamineux doit être posé en toute connaissance de cause, c’est-à-dire selon toutes ses conséquences. Cela semble impossible à un humain. Caro cardo salutis. Nos limites nous sauvent in extremis. Bénissons-les !
♦ L’ambition orgueilleuse du bien (se sauver en sauvant) est un pur-sang fougueux, le cheval de Troie de l’Ennemi.
♦ Le passage vers l’éternité consiste en un trou d’épingle. À notre mort, pas d’après (du temps encore). L’éternel est déjà derrière nous, orthogonal au flux intransitif des changements.
♦ Tout bien pesé, l’épiscopat est devenu une grandeur d’établissement, un divertissement.
♦ Dieu crée en séparant, dit-on. En nous séparant de lui, qu’avons-nous créé ?
♦ Sous nos tropiques temporalisés, l’éternité accessible a l’apparence d’une souffrance infernale, une salle d’attente sans rendez-vous et sans raison, qui se vide et se remplit, ad nauseam.