Alors, c’est bon ou pas ?
Quand la Genèse précise que des éléments de la Création sont bons (Cf. Gn 1, 4.10.12.18.21.25), voire très bons (Cf. Gn 1, 31), le texte ne précise pas « pour l’être créé ». Il s’agit d’un soliloque intérieur de YHWH, le créateur, une impression, plus précisément une vision (hb. ra’ah). Faut-il en déduire que la Création puisse n’être bonne que pour lui et reçue comme moins bonne pour nous, ou neutre, voire en partie mauvaise ? C’est là qu’il convient de lire attentivement, ce que peut faire un enfant de neuf ans, ce que ne font pas la plupart des lecteurs, puisqu’il croient déjà savoir.
La qualification bon concerne soit :
- un objet précis (la lumière; cf. Gn 1, 4). Rappelons que la lumière du premier jour n’est pas la lumière du soleil, puisque ce dernier n’est créé que le quatrième jour, pour structurer le temps humain avec le rythme calendaire et festif jour/nuit (cf. Gn 1, 14-19). La séparation du premier jour entre lumière et ténèbres n’est donc pas temporelle, mais spirituelle ou essentielle (comment dire ?). Il est assez clair que Jn y voit le Verbe de Dieu (cf. Jn 1, 4-5.9);
- soit un objet général (cf. Gn 1, 31). Le « très bon » concerne donc les six premiers jours, ce qui devrait rabattre le caquet de l’humain (hb. adam). Ce dernier n’est d’ailleurs pas créé seul le 6ème jour, mais après d’autres animaux, et selon la forme sexuelle « mâle et femelle » (hb. zakar et nekebah, cf. Gn 1, 27; non pas homme et femme). Sa nourriture est strictement végétarienne (cf. Gn 1, 29-30).
- soit un objet non précisé, traduit en français par « cela » (cf. Gn 1, 10.12.18.21.25 = hb. tov). Dans ce dernier cas, il semble désigner le jour en lui-même comme activité, sauf pour le 6ème jour, puisque seules les bêtes sont dites bonnes, l’humain ne l’étant que dans la globalité finale (ce qui devrait encore réduire son caquet).
Cinq jours sur six sont dits bons (le septième, jour du repos, est béni pour lui-même; cf. Gn 2, 2-3). Seul le deuxième ne l’est pas, celui qui sépare le haut du bas, créant l’espace. Pourquoi ? L’espace est-il bon pour Dieu, la Création, les vivants, pour nous ? Le problème rebondit lorsque l’on remarque que le concept bon vs mauvais est l’élément pivot de la dramatique humaine qui suit et de la provocation serpentine (cf. Gn 3). Le sol se dérobe à mesure où nous ingérons le fuit de l’arbre. Ce mot est-il sûr, en particulier pour le lecteur humain pris dans ce dérèglement ? On remarque également que la question du lieu est cruciale deux fois dans la suite du texte : « Où es-tu ?» (Gn 3, 9), « Où est ton frère Abel ?» (Gn 4, 9). La disparition est alors l’indice d’un dysfonctionnement grave de la relation.
Ces points me fascinent et m’inquiètent. Je m’y noie avec délice. Je poursuis donc l’enquête.