Fosse SEPtique,
ou quelques pièces au rebut qui nous laissent perplexe.
Caïn et Abel
Le Dieu voleur ne laisse pas de trace.
Pas de trace.
Rien.
Le nomade ne passe pas deux fois au même endroit.
Pas deux fois.
Pas deux fois.
L’amour étreint ce qu’il enveloppe
et le transfigure en lumière de printemps.
Seul demeure au coin du feu
le mal crasse.
Avachie, sédentaire et bourgeoise,
la SEP chie, rote, pète et pisse,
sans vergogne,
à grosse dents.
On ne voit plus qu’elle,
Caïn seul
sans Abel.
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Paradis
Oui !
Songe édénique au verbe fleuri
– myosotis, balibeus, rhododendron -,
où les mots, les choses, venaient avec bonté.
Voyez, j’ouvre la malle des greniers.
Rimbaud, Kafka, et Ponge,
Rilke, pauvres fous,
jongleurs qui ratent, soleils étincelants !
Tous, enragés au verbe éperdu,
Avez-vous entrevu le Verbe aux outrages ?
Le cri en croix hurle en cage :
« Pardonne-leur… »
vs Enfer
La mort !
Non !
Non serviam !
Non !
La perte est un drame acheté grand prix.
Aux commencements des vertiges,
un grand silence.
Une demie heure à peine.
La honte qui en remonte,
instille son poison…
Nous glissons depuis
vers un monde aux métaux lourds.
C’est la fusion à froid.
Lente disparition aux verbes courbes
puisque rien ne résiste au mensonge.
Rien ne fut,
rien ne sera,
Crève ce qui reste.
*****
Alceste/inceste
Autopsie.
Seul en obsession, au sommet du mont chauve.
gibet noir, sous les deux pans de bois,
le vent des brumes vient du nord.
Il siffle sur son crâne froid le refrain des frayeurs.
Deux, trois choses :
Le couperet, la paille, le rosier tressé.
Autour, la muraille sous le clos des cadavres.
Citadelle timide, si précieuse à nos prédécesseurs.
Combien,
Cinquante, cent, mille, milliards ?
La marée des corps morts,
hommes, femmes, enfants, anges,
nus,
la montée des os !
Il écoute cette triste liturgie,
le rire du ressac à ses pieds,
Cubitus, humérus, osselets.
« Que puis-je attendre ? », « Quoi espérer ? »
Mes mots sont d’un mort,
des mots qui ne pèsent rien.
Est-ce vivre que vivre ainsi, avec l’idée maligne du soir ?
*****
Duæ viæ
Je cours la bonne course.
Je cours, je boîte,
je cours vers le carrefour.
À gauche ? À droite ?
Dégage, vieux barbon !
Nique ta mère !
L’air libre m’enivre,
le vin lourd de Capoue.
Je suis jeune et rapide,
Détaché et orphelin.
Je me moque des destins,
je croque avec appétit les dauphins !
Je serai roi et amant, redoutable,
Invincible ! Invincible !
Invincible !!
Invincible ! Invincible !
Invincible !
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Ce que j’aime
Ce que j’aime ce n’est pas ça. Ce que je cherche n’est pas là. Je ne veux aucuns de vos bric-à-brac. Nous tâtons les murs, nous sondons les fêlures. Nous espérons magique interstice. Mais il n’y a pas de passage dans le poème, depuis que la chair se fit verbe.
Rien que la mort, qui n’est rien.
N’empêche.
Près des tambours,
loin des temples anciens et du sang versé,
un soir,
cinq ascètes hindous, peints en rouge
chantaient la bienheureuse fumée du haschich.
« Ô Toi, Ô tout,
doux sommeil de l’éveil,
ouvre-nous le Chemin des trois mondes
et l’aurore délicieuse des anciens Nirvana.»
*****
Le temps perdu
Que de temps perdu à ne savoir que faire,
que de temps perdu en affaire,
sans queue ni tête.
Comme je m’entête en broutilles !
Aurais-je en ces choses gâché plus que ma jeunesse ?
Il est temps encore !
Il sera temps,
si la grâce m’étreint.
*****
Lumière
Tout va bien,
le ciel, la terre, les oiseaux,
La mer.
Tout va bien,
les amis, les morts.
Chacun chez soi.
Sous le ciel, l’homme,
sous la terre, Hécate.
Les corbeaux attendent le corps de Polynice
et le déchire.
J’attends le corps aimé
et le désire.
Toujours, tous les jours.
Tout va bien,
le ciel, la mer, les oiseaux,
le ciel, la mer, les corbeaux.
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Exode
Désert,
terre sans semence,
pages blanches,
amours naissantes.
Le vent libre des cœurs ardents y souffle si assidument qu’il brule au feu dévorant.
Rien devant, plus de devoir.
J’avance dans le vent.