Tu ne tueras pas
Le débat sur la fin de vie interroge les croyants. En particulier, certains réactivent ce qu’ils nomment l’interdit biblique du meurtre. Je ne suis pas théologien moraliste. Ma spécialité est la dogmatique. Je m’aventure ici en terre étrangère.
J’ai appris de mes maîtres à lire attentivement les textes. Lorsque MOÏSE reçoit pour la première fois les dix paroles (Ex 20), il est dit que les deux tables du Témoignage sont écrites « du doigt de Dieu » (Ex 31, 18 puis 32, 16). Celles-ci sont immédiatement brisées par MOÏSE, lorsqu’il descend du SINAÏ et découvre l’idolâtrie du peuple, menée par son frère AARON, le grand prêtre (Ex 32, 19). Elles sont donc perdues. MOÏSE remonte alors une seconde fois, avec de nouvelles tables de pierre « semblables aux premières » (Ex 34, 1.4). Mais cette fois, il sera bien précisé que les paroles sont écrites par MOÏSE lui-même (cf. Ex 34, 28).
Je dois à Sylvie GERMAIN d’avoir mieux compris le lien pourtant évident entre les deux écritures et l’épisode du Veau d’or :
Tant que l’homme reste enclin à la paresse spirituelle et qu’il n’est pas disposé à entrer dans un processus de délivrance, il est inutile de lui offrir des paroles en mouvement – il risquerait alors de les figer, de les réduire à des idoles scripturaires dénuées de souffle, à des réponses toutes faites que l’on ne cherche pas à interroger, à interpréter, à vivre en vérité. La brisure des tables libère les paroles de ce danger de pétrification […]. Elle relance la voix de Dieu dans la dynamique du temps.1Sylvie GERMAIN, « Éloge de la rupture », dans Cinq éloges de l’épreuve, PARIS, Albin Michel, 2014, p. 22-23.
La structure du récit est assez limpide. Elle signale le danger d’une idolâtrie excessive de la Loi de Dieu. Plus précisément, elle signale le refus par le prophète de confier la Loi de Dieu à un peuple idolâtre, même conduit par le prince des lévites, revêtu de l’intégralité du sacerdoce (AARON). Le Décalogue reste une loi écrite de main d’homme, inspirée par Dieu et inscrite dans l’histoire.