Le Christ selon Matthieu

L’histoire de JÉSUS, i.e. sa vie, sa mort, sa résurrection, son enseignement, ses actes, structure la narration de l’évangile. Elle seule permet une adhésion effective, hic et nunc, du croyant au Christ ressuscité. Plusieurs éléments structurent ainsi la christologie de Mt. Cependant, à notre sens, l’un des plus importants est le suivant : JÉSUS, le Christ, accomplit les Écritures.

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1. Le Christ accomplit les Écritures

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Si JÉSUS accomplit les Écritures, s’il est ainsi le Messie d’ISRAËL, est donc à la fois le Messie attendu et inattendu, celui qui comble l’attente d’Israël, mais en la dépassant et la renouvelant. De fait, pour Mt, Jésus est :

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  • De race davidique ((Cf. 1, 1-17.)).
  • Né d’une Vierge ((Cf. 2, 15.))
  • Né à BETHLÉEM ((Cf. 2, 6.)).
  • A séjourné en EGYPTE ((Cf. 2, 15.)), activant ainsi la figure exodale.
  • Nazaréen, élevé en GALILÉE, terre des Nations, lieu d’épiphanie aux païens ((Cf. Is 8, 23.)).
  • Entré comme un roi à JÉRUSALEM ((Cf. 21, 5-16.)). Ce thème de la royauté est connexe de l’affirmation de la puissance en actes ((8, 27.)) et en paroles.
  • Accomplissant les prophéties ((Cf. 1, 23 = Is 7, 14 ; 2, 6 = Mi 5, 1 ; 2, 15 = Os 11, 1 ; 2, 18 = Jr 31, 15 ; 2, 23 = ? ; 4, 15-16 = Is 8, 23 et 9, 1 ; 8, 17 = Is 53, 4 ; 12, 18-21 = Is 42, 1-4 ; 13, 35 = Ps 78, 2 ; 21, 5 = Is 62, 11 et Za 9, 9 ; 27, 9-10 = Za 11, 12-13 et Jr 32, 6-9. [ Grimace Curieux cette suite énigmatique de chiffres et de lettres : un code secret, peut-être l’emplacement du trésor des Templiers ?])), en particulier celles du Serviteur souffrant d’Is ((12, 17-21 ; 42, 1-4 (Mt 12, 18) ; 53, 4 (Mt 8, 17).12 (Mt 53, 12).)). Jésus est donc la clé herméneutique des Écritures, à la fois celui dont les Écritures parlent et celui qui permet de les interpréter en plénitude ((Voir aussi Dei Verbum, 4.)).
  • Annonçant le Royaume des Cieux ((Cf. parabole du chapitre 13.)). Mt utilise 33 fois l’expression « royaume des Cieux », objet de la Bonne Nouvelle, graine en croissance dans le monde ((Cf. 13, 31-33.)), associée à des signes (guérisons, exorcismes), à l’exercice de la justice, au jugement eschatologique et à la figure du Fils de l’Homme. Ses clés sont confiée à PIERRE ((Cf. 16, 19.)). JÉSUS déconstruit aussi une vision du Règne trop mondaine ((Cf. 20, 21 ; Cf. Ac 1, 6.)), retrouvant ainsi une ligne du judaïsme intertestamentaire ((Cf. Jubilés XV, 32 ; XVI, 18.)).
  • Libérateur ((Cf. 11, 28-30.)).
  • Patient ((Cf. 12, 18-21.))
  • Miséricordieux ((Cf. 9, 36 ; 14, 14 ; 15, 32 ; 20, 34.)).
  • Thaumaturge ((Cf. 8, 2 ; 9, 28.)). Les récits de miracles sont représentés comme des événements exemplaires qui signifient la relation actuelle et salvatrice du croyant avec le Christ, même quand la foi du croyant défaille ((Cf. 8, 23-27 ; 14, 22-33.)).
  • Docteur de la vérité ((Gr. didascale. Cf. 5, 2.19 ; 7, 29 ; 11, 29 ; 21, 23 ; 22, 16 ; 4, 23 ; 9, 35.)), à la fois exigeant ((Cf. 7, 24 ; radicalisation également partagée avec le contexte judaïque du 1er siècle ; Cf. Qumran, le mouvement baptiste, la réforme pharisienne, etc.)),  pédagogue ((Cf. 13, 51.)) et parlant avec une autorité reçue de Dieu ((Cf. 4, 8-10 ; 7, 29.)). Dans son enseignement, JÉSUS insiste sur l’établissement d’une nouvelle justice, i.e. sur un nouveau rapport à la Loi ((Cf. 5, 19-20 (Cf. la série d’antithèses : « il a été dit que […] mais moi je vous dis que… ») ; 7, 29 ; 15, 9 ; 28, 20.)), toujours vivante ((Cf. 5, 18. mais libérée du légalisme ((Cf. les 613 mitzvot, ou prescriptions, 248 positives et 365 négatives, dont la liste fut établie par MAÏMONIDE.)) et même, parfois, de toutes références scripturaires. En ce sens, JÉSUS est libre devant la Torah ((Cf. antithèses « sacrilèges » du discours sur la montagne.)), étant lui-même comme une « Torah vivante » ((Cf. Ga 1, 11-12; Col 2, 6 (// Ps 78, 10; 119, 1), etc.)). Cette dynamique éthique et existentielle du Règne ((Cf. 4, 23 ; 9, 35 ; 24, 14.)), fondée sur une relation exclusive à la personne de JÉSUS, est éminemment joyeuse ((Cf. 13, 44 // 2, 10 ; 13, 20 ; 26, 13 ; 28, 8), pratique (Cf. 4, 2 ; 5, 48 ; 6, 2-4.16-18 ; 19, 21.)), intense et efficace ((Cf. 13, 23.)). Elle est aussi le source infinie de connaissance théologique en tant qu’elle oblige à s’interroger sur « Celui qui l’a envoyé ».
  • Nouveau MOÏSE ((Voir aussi Mt 11, 27-31 (Voir CE n° 73, p. 32-35); 23, 8 : « un seul maître ».)). Dans la tradition rabbinique, d’autres (HILLEL, Yohanan ben ZAKKAÏ, Rabbi AQIBA) seront comparés à MOÏSE ((Cf. Midrash Tannaïm sur Dt 34, 7.)).
  • Juge eschatologique ((10, 23 ; 16, 28 ; 24, 27.30-31.39.44 ; 26, 64.)) et universel ((25, 32.)), dans un contexte de crise ((gr. krisis = « action de juger » (4 fois) ou jugement (14 fois).)), dont témoigne le vocabulaire de la géhenne (7 fois), la séquence ténèbres-pleurs-grincements de dents ((2, 18 ; 8, 12 sq.; 13, 42.50 ; 22, 13 ; 24, 51 ; 25, 30.)), et le champ sémantique de la récompense (11 fois). Les critères du jugement sont exposés quatre fois : en 13, 41 ; 16, 27 ; 19, 28 ; 25, 31-46 (6 gestes évidents et urgents pour soulager les « petits », identifiés par le Christ à lui-même).

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Cette question de l’identité cachée de JÉSUS travaille aussi à partir des titres qui lui sont attribués, ou qu’il se donne.

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2. Les titres attribués à JÉSUS dans Mt

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Ces titres sont les suivants :

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  • Sauveur ((1, 21.)).
  • Maître (12 fois, dont 6 propres à Mt) ou rabbi (4 fois, dont 2 par JUDAS), titre utilisé par les ennemis de JÉSUS.
  • Prophète ((21, 44.46.)).
  • Seigneur ((34 fois, dont 22 propres à Mt.)).
  • Fils Bien-Aimé, titre attribué par Dieu ((3, 17 [baptême] ; 17, 5 [transfiguration]), l’Écriture [2, 15], JÉSUS [11, 27 ; 24, 36], PIERRE [16, 16], les disciples [14, 33] et le Centurion [27, 54].)).
  • Époux.
  • Emmanuel ((1, 23 = à JOSEPH.)).
  • Roi ((2, 2.)) et Roi des Juifs ((27, 11.29.37.)).
  • Messie (Hb. māšiah ; Gr. messias = Christ = « oint ») ((2, 4 ; 16, 16.20 ; 24, 5.23.)).
  • Fils de David ((1,1 ; 9, 27 ; 12, 23 ; 20, 30 sq. ; 21, 9.15 ; 22, 42 sq.)), i.e. nouveau SALOMON, incarnation de la Sagesse de Dieu.
  • Fils de Dieu ((2, 15 ; 4, 3.6 ; 8, 29 ; 11, 27 ; 14, 33 ; 16, 16 ; 27, 40.43.54.)), titre suprême (comme pour Mc).
  • Fils de l’homme ((Cf. 8, 20 ; 9, 6 ; 10, 23 ; 11, 19 ; 12, 8.32.40 ; 13, 41 ; 16, 13.27-28 ; 24, 30 ; 25, 31 ; 26, 64 = auto-nomination.)), titre construit à partir du livre d’HÉNOCH et de Dn 7, 14. Le Fils de l’homme est un personnage céleste, juste et persécuté ((Cf. 25, 36-46.)), intronisé, dans les nuées, juge universel du monde. Ce thème est peut-être inspiré des logia.
  • Serviteur.

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Au total, la présentation matthéenne de JÉSUS-Christ est souvent solennelle ((Cf., par exemple, l’analyse synoptique de l’épisode de la tempête apaisée : 14, 22-33 // Mc 6, 45-52 et Jn 6, 16-21.)), deshistorisée, voire hiératique. Elle prolonge sans doute la théologie « dialectique » de l’évangile, insistant sur la royauté de Dieu ((Le terme Règne ou Royaume (Gr. basileia) de Dieu revient 50 fois.)), dont l’absoluité rejaillit sur la personne du Fils, puis sur ses disciples (d’où l’idéal ecclésiologique de l’évangile). Pour preuve :

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  • la récurrence du titre de Seigneur.
  • l’austérité de certaine scènes, valorisant le face à face. Par exemple, comparez 8, 14 sq. et // (guérison de la belle-mère de PIERRE); 17, 14-21 et // (père de l’enfant épileptique), etc.
  • l’extériorité du Christ dans le monde, dont témoignent :
    • sa liberté radicale,
    • son isolement et sa vie errante ((Cf. 8, 18-20.)).
    • l’incompréhension de son message ((Cf. 10, 16.25.)), dans sa famille ((Cf. 12, 48-50.)) et dans son peuple ((Cf. 13, 52.)).

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Enfin, cette christologie est inscrite dans une esquisse trinitaire explicite ((Cf. 28,19)), unique dans les évangiles.

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