Nom de l’auteur/autrice :Thierry LECOMTE

Thierry Lecomte est né en 1969, Après des études en histoire médiévale, il rencontre l'évangile et est ordonné prêtre catholique en 2002 pour le diocèse de Langres (52). Curé à Chaumont, Langres et Joinville, il est auteur d'une thèse sur Claudel et Rimbaud. Atteint de sclérose en plaques primaire progressive depuis 2013, il vit désormais au rythme de cette maladie.

John Henry Newman et Langres

Le 24 août 1852, le cardinal Wiseman, archevêque de Westminster, est à Amiens. Là, il écrit une lettre1Adio52, DE, 1E1-GUERRIN. à l’évêque de Langres nouvellement nommé, Mgr Guerrin. Apprenant l’ouverture de la retraite annuelle des prêtres diocésains, il sollicite une aide financière afin de subvenir « […] au payment des frais énormes qui pèse sur le Père Newman et sur sa congrégation. » Si cette demande reçoit bon écho, la collecte se fera « sans éclat et sans bruit ». Elle échappera ainsi « aux inconvéniences de la publicité ».

 

De fait, reçu dans l’Église catholique depuis 1845, John Henry Newman (1801-1890) fonde quatre années plus tard à Birmingham le premier Oratoire anglais. Suite à quelques échanges polémiques, il est visé, en 1851, par un retentissant procès en diffamation, intenté par l’ex-prêtre Achilli. L’affaire est complexe et surtout onéreuse.

 

Le 17 septembre, l’évêque indique que les prêtres ont répondu généreusement à la demande. Ils offrent 1200 francs, somme envoyée à la direction du journal ultramontain L’Univers et non, comme l’indiquait la lettre, à M. Gallaghan, banquier à Paris.

 

Finalement, le procès sera perdu le 13 janvier 1853. Newman est condamné à une amende de 100 livres sterling. Mais la générosité langroise aura participé à la renaissance de l’Église catholique anglaise et au soutien d’un de ses piliers, depuis proclamé saint et 38ème Docteur de l’Église.

 

God bless the diocese of Langres !

John Henry Newman, when he preached his first sermon in Over Worton Church on 23 June 1824.

La vie absente de Benoît Labre

La vie, absente de toutes les biographies…

 

L’étude de Marc Loison sur Benoît Labre1Mars LOISON, Benoît Labre. Entre contrestations et rayonnement spirituel 1748-1783, PARIS, Salvator, 2014. montre la force et les limites de l’enquête historique. Sa force consiste à appliquer la méthode documentaire et, ainsi, à dévoiler les étapes de la canalisation d’un mythe hagiographique par l’institution ecclésiastique2Sur ce point, voir en premier lieu Marina CAFFIERO, La fabrique d’un saint à l’époque des Lumières, (trad. de l’italien), PARIS, Editions de l’EHESS, 2006.. Sa limite est de constater combien la plus grande partie des faits échappe à l’archive, partant à l’historien. Il s’ensuit parfois un délire d’hypothèses qui rappelle certaines études sur Rimbaud, au destin personnel et symbolique en partie semblable. D’ailleurs, ces deux existences, celle du saint et celle du poète, s’harmoniseront dans la figure mystérieuse de Germain Nouveau.

 

Tout est dit, su, analysé, sauf l’essentiel qui s’absente. Cette envolée belle est le centre merveilleux du livre. L’intérêt de Benoît comme d’Arthur fut d’errer, péleriner, divaguer, fuir et disparaître des radars du temps. N’étant d’aucun lieu et règle institutionnels, il devint autre. Ce furent peut-être les mêmes gamins qui lui jetaient des pierres et, le lendemain de sa mort, coururent à travers les rues romaines, criant comme on chante « e morto il santo ». Cette histoire les concernait de fait, comme elle échappait déjà aux clercs, bourgeois et à tous les Voltaire.

 

Quoi qu’il en soit, une telle altérité marginalise de jure dans le monde contourné du même et de la saisie, que sont aussi l’écriture académique et les éditions scientifiques. À la niche, à la cote, les livres de nos bibliothèques dorment bien alignés ! Mais, quand Rimbaud et Benoît désertent leurs biographies, ne restent alors que l’échec inévitable des scolastes et la langueur de leurs lecteurs, ensemble miséreux et pitoyables, ainsi mystérieusement sauvés.

Choisir d’Hervé Ponsot

Le livre Choisir du dominicain Hervé PONSOT (site de l’auteur ICI) est court. Il contient plus de blanc que de mots ! En cela, il ressemble à de la poésie.

Son dispositif peut sembler radical : opposer termes à termes (dix-sept en l’occurrence) le projet technologique post-moderne et l’anthropologie biblique. Ce dyptique permet une disputatio à tiers exclu entre le monde du calcul et celui du don, entre le désir à combler à tout prix et le désir comme puissance d’accueil, entre le remplissage ad nauseam et le vide pour recevoir l’autre, etc. Finalement, l’enchaînement des thèmes signale la réalité d’une bifurcation existentielle entre deux mondes en voie de séparation.

 

Entre l’un et l’autre, au risque de tomber dans le vide, un choix serait donc à faire.

 

Le propos est volontairement rapide, allusif et simple. Pourtant il suscite sans cesse l’intérêt par la finesse des remarques. Par exemple, le choix en Gn 2, 15 de citer la culture avant la garde, comme s’il n’y avait de garde que dans la culture et la transformation, chemin de responsabilité active pour vivre dans un monde créé,  inaccompli et « en manque ». Autre point, l’interprétation du serpent génésique non comme le mal mais comme la condition du mal, par vidage du bien. Citons encore la proposition implicite d’écrire la devise républicaine au pluriel, soit « libertés, égalités, fraternités ». Ce serait là un moyen utile pour affirmer les divergences sur la définition de ces grands principes, sources de conflits insolubles.

 

Au total, une ouverture joyeuse sur des questions profondes qui peut permettre un questionnement personnel et engager à de fructueux échanges.

 

Ce livre est disponible au salon de lecture de la Maison Tagba sur RV.

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