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Prêtres et séminaristes morts pour la France

Ressorti récemment des archives du Grand Séminaire de Langres, cet émouvant dossier (inventaire ICI) réunit environ 80 courriers, rédigés pendant la 1ère Guerre mondiale par l’abbé Armand Camus et les séminaristes Detret, Louis Fevre, René Flammarion, Marius Guibourt et Melinot (ce dernier principal contributeur), tous Hauts-Marnais tués au front. Le destinataire principal est le Supérieur du Séminaire.

 

Si l’abbé Camus a été affecté à une unité d’infirmiers, les séminaristes ont eu à faire usage des armes. Chef particulièrement exposé d’une section de mitrailleurs, M. Melinot, impliqué dans les grandes batailles de Belgique, d’Artois, de Champagne et de Verdun, est celui qui décrit le mieux, dans un style rendu percutant par la concision de ses écrits, à la fois les horreurs de la guerre et sa répugnance à faire couler le sang.

 

Est particulièrement à signaler, parmi ses lettres, le dessin d’un de ses camarades montrant un paysage de tranchée après une attaque.

 

L’autre intérêt du dossier réside dans l’interprétation spirituelle des faits de guerre. On y trouve notamment l’idée de punition infligée à la France qui a rompu avec Dieu, la magnification des souffrances offertes en sacrifice  et en expiation, la soumission à la volonté divine, le retour de nombreux soldats à la pratique religieuse et l’espoir d’une restauration de Dieu et de l’Église après la guerre.

 

Enfin, diverses autres informations sont à tirer des lettres : isolement spirituel, privation de la messe, nostalgie du séminaire, solidarité entre clercs, vie à la caserne ou entre les combats, attente de la montée en ligne, conversations avec l’ennemi d’une tranchée à l’autre, organisation des permissions, apparente mansuétude de la censure qui a laissé passer des renseignements potentiellement démoralisants.

 

John Henry Newman et Langres

Le 24 août 1852, le cardinal Wiseman, archevêque de Westminster, est à Amiens. Là, il écrit une lettre1Adio52, DE, 1E1-GUERRIN. à l’évêque de Langres nouvellement nommé, Mgr Guerrin. Apprenant l’ouverture de la retraite annuelle des prêtres diocésains, il sollicite une aide financière afin de subvenir « […] au payment des frais énormes qui pèse sur le Père Newman et sur sa congrégation. » Si cette demande reçoit bon écho, la collecte se fera « sans éclat et sans bruit ». Elle échappera ainsi « aux inconvéniences de la publicité ».

 

De fait, reçu dans l’Église catholique depuis 1845, John Henry Newman (1801-1890) fonde quatre années plus tard à Birmingham le premier Oratoire anglais. Suite à quelques échanges polémiques, il est visé, en 1851, par un retentissant procès en diffamation, intenté par l’ex-prêtre Achilli. L’affaire est complexe et surtout onéreuse.

 

Le 17 septembre, l’évêque indique que les prêtres ont répondu généreusement à la demande. Ils offrent 1200 francs, somme envoyée à la direction du journal ultramontain L’Univers et non, comme l’indiquait la lettre, à M. Gallaghan, banquier à Paris.

 

Finalement, le procès sera perdu le 13 janvier 1853. Newman est condamné à une amende de 100 livres sterling. Mais la générosité langroise aura participé à la renaissance de l’Église catholique anglaise et au soutien d’un de ses piliers, depuis proclamé saint et 38ème Docteur de l’Église.

 

God bless the diocese of Langres !

John Henry Newman, when he preached his first sermon in Over Worton Church on 23 June 1824.

Les dernières lettres du cardinal de La Luzerne

Les archives diocésaines de Langres conservent trois lettres autographes1Les envois bénéficient d’un affranchissement spécial du Bureau de postes de la chambre des députés des départements. du cardinal de la Luzerne adressées au nouvel évêque de Dijon, Jean-Baptiste Dubois. Rappelons que ce dernier était alors administrateur de la Haute-Marne. Datées de 1820 et 1821, elles sont rédigées d’une main tremblante, parfois avec une orthographe douteuse (cf. Digeon pour Dijon) et des répétitions. Ce point s’explique par le grand âge du rédacteur (82 ans).

 

 

La lettre du 14 novembre 1820 aborde une difficulté spéciale concernant les religieuses institutrices de Bourbonne, soumises à des classes séculières. Le cardinal en profite pour s’indigner de la politique du Ministre de l’Intérieur. Il évoque alors l’hivernage des « missionnaires », géré par l’abbé Petit, vicaire général, soutien du cardinal. Ensuite, dans sa lettre du 15 décembre 1820, il conjure l’évêque de Dijon de ne pas transférer en Côte-d’Or « […] missions, professeurs, ecclésiastiques, même séminaristes… ». Cela nuirait au bien du diocèse de Langres « […] qui m’est réservé et auquel j’espère être bientôt rendu… ». Enfin, la lettre du 8 janvier 1821 regrette l’emploi de missionnaires venant de Haute-Marne en Côte d’Or. Non sans malice, il distingue l’autorité administrative de l’Évêque de Dijon sur le département de la Haute-Marne et l’autorité épiscopale qu’il exerce sur le diocèse de Dijon.

 

Au centre des échanges, nous découvrons donc quatre missionnaires diocésains2Mr Sebille, Janny, Rigolot et Favrel (lettre de Barrillot à l’évêque, 22 janvier [1821]), bientôt renforcés par Toussaint et Desgrez (id., 29 mai 1821).. Appelés « prêtres auxiliaires », ils sont institués sur le modèle des Missionnaires de France. Bientôt installés à Saints-Geosmes, ils forment l’avant-garde de la reconquête catholique, étant chargé « […] de porter le nom de Dieu à tant de pauvres paroisses qui n’en entendent plus parler…»3Lettre de Barrillot à l’évêque de Dijon, 26/10 [1820].. Ils exercent leur apostolat de reconquête en opposition ouverte au clergé constitutionnel et libéral, qui leur voue en retour une farouche inimitié.

 

Le projet de restauration religieuse est à la fois partagé et entravé par des approches différentes. La Luzerne, homme d’Ancien Régime, soutient le curé de la Cathédrale, Mr Baudot, Vicaire général d’âge vénérable4En 1820, la paroisse de Langres ne plus compte qu’un curé et trois vicaires, dont deux septuagénaires. Le plus ingambe, le Père Hudelet, est aumônier de l’hôpital (Lettre de Baudot à l’évêque de Dijon, 06/11/1820)., au caractère susceptible et nostalgique, à la santé déclinante. Or, Baudot apparaît en décalage avec l’Évêque de Dijon et ses différents relais à Langres. Parmi eux, citons le Provicaire général, Mr Barrillot, jeune Supérieur du nouveau Séminaire alors en plein essor5200 élèves en 1821, 260 l’année suivante.. Le style patelin des lettres de ce dernier traduit un esprit habile, organisé et politique. Patient, il sait que la démographie résoudra bientôt ces dysfonctionnements.

 

Ainsi, en 1820, des lignes de fracture idéologiques et générationnelles obèrent un diocèse de Langres en voie de recréation. Cependant, dès 1821, la démission de Mr Petit, puis la mort successive de Baudot et La Luzerne en scellent une part. Petit décide alors de transférer à Paris les livres et papiers du cardinal défunt. Ce choix signifie la fin d’une époque et ouvre à une nouvelle figure ecclésiale. Celle-ci est unifiée par le Séminaire diocésain et sera portée par une génération cléricale en rapide renouvellement.

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