Prêtres et séminaristes morts pour la France
Ressorti récemment des archives du Grand Séminaire de Langres, cet émouvant dossier (inventaire ICI) réunit environ 80 courriers, rédigés pendant la 1ère Guerre mondiale par l’abbé Armand Camus et les séminaristes Detret, Louis Fevre, René Flammarion, Marius Guibourt et Melinot (ce dernier principal contributeur), tous Hauts-Marnais tués au front. Le destinataire principal est le Supérieur du Séminaire.
Si l’abbé Camus a été affecté à une unité d’infirmiers, les séminaristes ont eu à faire usage des armes. Chef particulièrement exposé d’une section de mitrailleurs, M. Melinot, impliqué dans les grandes batailles de Belgique, d’Artois, de Champagne et de Verdun, est celui qui décrit le mieux, dans un style rendu percutant par la concision de ses écrits, à la fois les horreurs de la guerre et sa répugnance à faire couler le sang.
Est particulièrement à signaler, parmi ses lettres, le dessin d’un de ses camarades montrant un paysage de tranchée après une attaque.
L’autre intérêt du dossier réside dans l’interprétation spirituelle des faits de guerre. On y trouve notamment l’idée de punition infligée à la France qui a rompu avec Dieu, la magnification des souffrances offertes en sacrifice et en expiation, la soumission à la volonté divine, le retour de nombreux soldats à la pratique religieuse et l’espoir d’une restauration de Dieu et de l’Église après la guerre.
Enfin, diverses autres informations sont à tirer des lettres : isolement spirituel, privation de la messe, nostalgie du séminaire, solidarité entre clercs, vie à la caserne ou entre les combats, attente de la montée en ligne, conversations avec l’ennemi d’une tranchée à l’autre, organisation des permissions, apparente mansuétude de la censure qui a laissé passer des renseignements potentiellement démoralisants.

