Dans le numéro de L’Ami du clergé en date du 21 avril 1960, Émile Vauthier traite longuement de la question des « Vocations Sacerdotales » (notez les majuscules). En réaction à ce bel exposé très articulé, le père Caron, de Bourg-la-Reine, envoie à la revue une lettre des plus intéressantes. Certes, il ne méprise pas l’argument principal de l’article, à savoir l’affaiblissement du sentiment religieux. Cependant, il insiste sur une autre cause, selon lui trop négligée : la situation matérielle faite au clergé depuis la loi de Séparation :
Ce qui a été changé brutalement et ce qui explique la pénurie des vocations, c’est la situation faite aux prêtres en exercice. Beaucoup sont les plus pauvres de leur paroisse, incapables d’avoir un intérieur décent, avec une modeste bonne pour leur faire la soupe et laver leur chemise. Les considérations théologiques y changeront peu de chose.
Si le nombre de prêtres est simplement corrélé à leur revenu, la fameuse crise des vocations aurait donc bien commencée en 1905, pas en 1960. D’où la prophétie implacable que l’auteur en tire :
Une fois liquidée la situation née du Concordat, […] les diocèses auront autant de prêtres qu’ils pourront en entretenir décemment, mais pas davantage.
La fin de la lettre résonne avec un brin d’ironie, non sans une allusion discrète aux Nuées d’Aristophane :
Peut-être cette théologie vous paraîtra-t-elle bien terre-à-terre. Mais c’est sur la terre que nous avons et que nous devons garder les pieds, si nous voulons ne pas nous perdre dans les nuées.
Soixante-cinq ans plus tard, cette hypothèse provocante mérite toujours considération.