Nom de l’auteur/autrice :Thierry LECOMTE

Thierry Lecomte est né en 1969, Après des études en histoire médiévale, il rencontre l'évangile et est ordonné prêtre catholique en 2002 pour le diocèse de Langres (52). Curé à Chaumont, Langres et Joinville, il est auteur d'une thèse sur Claudel et Rimbaud. Atteint de sclérose en plaques primaire progressive depuis 2013, il vit désormais au rythme de cette maladie.

La bibliothèque expose !

Le Centre culturel Arte Meum et la Bibliothèque Diocésaine de Langres organisent de concert une nouvelle exposition, partageant leurs collections. Elle a pour sujet Le livre illustré de l’an 1500 à 2000.

Elle est ouverte du 15 avril au 14 juin 2026,

du mercredi au dimanche,

au 4 Place Jeanne-Mance, à LANGRES (à côté de la Cathédrale)

 

Bonne visite à tous !

La forge de Dieu

Le livre de Gérard-Nissim Amzallag intitulé La forge de Dieu1Gérard-Nissim AMZALLAG, La forge de Dieu. Aux origines de la Bible, [postface d’Étienne NODET], PARIS, Cerf, 2020. brille comme un fourneau de forgeron. Il synthétise dans un style agréable des années de recherches bibliques et archéologiques. Sa thèse centrale, solidement étayée, est très novatrice. En effet, elle présente les origines du Yahvisme comme une tradition émancipatrice issue de la spiritualité métallurgique, ésotérique et qénite, à l’âge du bronze (13e siècle AEC). Rien que cela !

On ressort ébloui et intrigué de ce magnifique parcours dans l’histoire, la bibliographie, les chantiers de fouille et les textes anciens. À l’issue, encore un peu sonné, je m’exclame in petto : Si non è vero, è ben trovato. Autrement dit, l’intérêt premier de ce bel ouvrage, par-delà les discussions et débats scientifiques, sera de rouvrir le dossier, d’appeler une fois encore à de nouvelles recherches et d’inviter le lecteur à reconsidérer avec gourmandise tous les détails du texte sacré.

 

A contresens de tout commencement

Un livre entier pour un mot, prodige de six lettres.

 

Au commencement de la Bible, il y aurait le terme … « commencement ». Bereshit en hébreu, traduit en grec par En archè. Mais, selon l’étude de Pierre-Henry Salfati1Pierre-Henry SALFATI, Le premier mot «Au commencement…». Histoire d’un contresens, PARIS, Fayard, 2020., les choses sont plus compliquées. Car ce mot unique (hapax legomenon), néologisme impossible à l’oral, se révéle pluriel, mystérieux et intraduisible.

On le sait, le début n’est pas le commencement qui n’est pas l’origine, non plus le principe. Or bereshit entend dire tout cela. Pourtant, s’il se présente ainsi comme fondateur, absolu et en excès, il apparaît aussi grammaticalement inutile ! Vanités de toutes les quêtes originaires ?

 

Au croisement des commentaires, privilégiant la rigueur philologique de Rachi, vigneron troyen, libre et provocateur génial, l’auteur mène l’enquête en de courts chapitres. Et si ce verset parlait avant tout de la création de la terre d’Israël, don de son propriétaire au peuple élu ?

 

Un mot suffit pour remplir le monde de livres. Une lettre suffirait peut-être aussi pour porter le monde. La « Torah incognita » (titre du premier chapitre), désert à explorer, appelle des interprétations innombrables, utiles si elle vont jusqu’à l’absurde et au contre-sens. Ainsi le jour du bereshit n’est pas le premier mais « l’unique » (Ehad), le jour des jours :

Il y eut un soir, il y eut un matin, jour unique (Gn 1, 5).

Or, ce « soir » (Ever) peut aussi se voyelliser Ivri (« Hébreu ») et Oubar (« embryon »). Le « matin » (Boquer), quant à lui, peut se voyelliser Quever (la « tombe »). De la naissance à la mort, la nuit de l’étude et du rêve est l’espace unique du lecteur errant, en marche à rebours et à tâtons.

 

Comme si le seul commencement était bien la quête sempiternelle des sens endormis. Jusqu’à la mort donc, et jusqu’à l’éveil guérisseur sur l’incipit de la terre promise, nouveau commencement à la lettre même.

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