Les archives diocésaines de Langres conservent trois lettres autographes1Les envois bénéficient d’un affranchissement spécial du Bureau de postes de la chambre des députés des départements. du cardinal de la Luzerne adressées au nouvel évêque de Dijon, Jean-Baptiste Dubois. Rappelons que ce dernier était alors administrateur de la Haute-Marne. Datées de 1820 et 1821, elles sont rédigées d’une main tremblante, parfois avec une orthographe douteuse (cf. Digeon pour Dijon) et des répétitions. Ce point s’explique par le grand âge du rédacteur (82 ans).

La lettre du 14 novembre 1820 aborde une difficulté spéciale concernant les religieuses institutrices de Bourbonne, soumises à des classes séculières. Le cardinal en profite pour s’indigner de la politique du Ministre de l’Intérieur. Il évoque alors l’hivernage des « missionnaires », géré par l’abbé Petit, vicaire général, soutien du cardinal. Ensuite, dans sa lettre du 15 décembre 1820, il conjure l’évêque de Dijon de ne pas transférer en Côte-d’Or « […] missions, professeurs, ecclésiastiques, même séminaristes… ». Cela nuirait au bien du diocèse de Langres « […] qui m’est réservé et auquel j’espère être bientôt rendu… ». Enfin, la lettre du 8 janvier 1821 regrette l’emploi de missionnaires venant de Haute-Marne en Côte d’Or. Non sans malice, il distingue l’autorité administrative de l’Évêque de Dijon sur le département de la Haute-Marne et l’autorité épiscopale qu’il exerce sur le diocèse de Dijon.
Au centre des échanges, nous découvrons donc quatre missionnaires diocésains2Mr Sebille, Janny, Rigolot et Favrel (lettre de Barrillot à l’évêque, 22 janvier [1821]), bientôt renforcés par Toussaint et Desgrez (id., 29 mai 1821).. Appelés « prêtres auxiliaires », ils sont institués sur le modèle des Missionnaires de France. Bientôt installés à Saints-Geosmes, ils forment l’avant-garde de la reconquête catholique, étant chargé « […] de porter le nom de Dieu à tant de pauvres paroisses qui n’en entendent plus parler…»3Lettre de Barrillot à l’évêque de Dijon, 26/10 [1820].. Ils exercent leur apostolat de reconquête en opposition ouverte au clergé constitutionnel et libéral, qui leur voue en retour une farouche inimitié.
Le projet de restauration religieuse est à la fois partagé et entravé par des approches différentes. La Luzerne, homme d’Ancien Régime, soutient le curé de la Cathédrale, Mr Baudot, Vicaire général d’âge vénérable4En 1820, la paroisse de Langres ne plus compte qu’un curé et trois vicaires, dont deux septuagénaires. Le plus ingambe, le Père Hudelet, est aumônier de l’hôpital (Lettre de Baudot à l’évêque de Dijon, 06/11/1820)., au caractère susceptible et nostalgique, à la santé déclinante. Or, Baudot apparaît en décalage avec l’Évêque de Dijon et ses différents relais à Langres. Parmi eux, citons le Provicaire général, Mr Barrillot, jeune Supérieur du nouveau Séminaire alors en plein essor5200 élèves en 1821, 260 l’année suivante.. Le style patelin des lettres de ce dernier traduit un esprit habile, organisé et politique. Patient, il sait que la démographie résoudra bientôt ces dysfonctionnements.
Ainsi, en 1820, des lignes de fracture idéologiques et générationnelles obèrent un diocèse de Langres en voie de recréation. Cependant, dès 1821, la démission de Mr Petit, puis la mort successive de Baudot et La Luzerne en scellent une part. Petit décide alors de transférer à Paris les livres et papiers du cardinal défunt. Ce choix signifie la fin d’une époque et ouvre à une nouvelle figure ecclésiale. Celle-ci est unifiée par le Séminaire diocésain et sera portée par une génération cléricale en rapide renouvellement.