Nouveau livre

La vie absente de Benoît Labre

La vie, absente de toutes les biographies…

 

L’étude de Marc Loison sur Benoît Labre1Mars LOISON, Benoît Labre. Entre contrestations et rayonnement spirituel 1748-1783, PARIS, Salvator, 2014. montre la force et les limites de l’enquête historique. Sa force consiste à appliquer la méthode documentaire et, ainsi, à dévoiler les étapes de la canalisation d’un mythe hagiographique par l’institution ecclésiastique2Sur ce point, voir en premier lieu Marina CAFFIERO, La fabrique d’un saint à l’époque des Lumières, (trad. de l’italien), PARIS, Editions de l’EHESS, 2006.. Sa limite est de constater combien la plus grande partie des faits échappe à l’archive, partant à l’historien. Il s’ensuit parfois un délire d’hypothèses qui rappelle certaines études sur Rimbaud, au destin personnel et symbolique en partie semblable. D’ailleurs, ces deux existences, celle du saint et celle du poète, s’harmoniseront dans la figure mystérieuse de Germain Nouveau.

 

Tout est dit, su, analysé, sauf l’essentiel qui s’absente. Cette envolée belle est le centre merveilleux du livre. L’intérêt de Benoît comme d’Arthur fut d’errer, péleriner, divaguer, fuir et disparaître des radars du temps. N’étant d’aucun lieu et règle institutionnels, il devint autre. Ce furent peut-être les mêmes gamins qui lui jetaient des pierres et, le lendemain de sa mort, coururent à travers les rues romaines, criant comme on chante « e morto il santo ». Cette histoire les concernait de fait, comme elle échappait déjà aux clercs, bourgeois et à tous les Voltaire.

 

Quoi qu’il en soit, une telle altérité marginalise de jure dans le monde contourné du même et de la saisie, que sont aussi l’écriture académique et les éditions scientifiques. À la niche, à la cote, les livres de nos bibliothèques dorment bien alignés ! Mais, quand Rimbaud et Benoît désertent leurs biographies, ne restent alors que l’échec inévitable des scolastes et la langueur de leurs lecteurs, ensemble miséreux et pitoyables, ainsi mystérieusement sauvés.

Choisir d’Hervé Ponsot

Le livre Choisir du dominicain Hervé PONSOT (site de l’auteur ICI) est court. Il contient plus de blanc que de mots ! En cela, il ressemble à de la poésie.

Son dispositif peut sembler radical : opposer termes à termes (dix-sept en l’occurrence) le projet technologique post-moderne et l’anthropologie biblique. Ce dyptique permet une disputatio à tiers exclu entre le monde du calcul et celui du don, entre le désir à combler à tout prix et le désir comme puissance d’accueil, entre le remplissage ad nauseam et le vide pour recevoir l’autre, etc. Finalement, l’enchaînement des thèmes signale la réalité d’une bifurcation existentielle entre deux mondes en voie de séparation.

 

Entre l’un et l’autre, au risque de tomber dans le vide, un choix serait donc à faire.

 

Le propos est volontairement rapide, allusif et simple. Pourtant il suscite sans cesse l’intérêt par la finesse des remarques. Par exemple, le choix en Gn 2, 15 de citer la culture avant la garde, comme s’il n’y avait de garde que dans la culture et la transformation, chemin de responsabilité active pour vivre dans un monde créé,  inaccompli et « en manque ». Autre point, l’interprétation du serpent génésique non comme le mal mais comme la condition du mal, par vidage du bien. Citons encore la proposition implicite d’écrire la devise républicaine au pluriel, soit « libertés, égalités, fraternités ». Ce serait là un moyen utile pour affirmer les divergences sur la définition de ces grands principes, sources de conflits insolubles.

 

Au total, une ouverture joyeuse sur des questions profondes qui peut permettre un questionnement personnel et engager à de fructueux échanges.

 

Ce livre est disponible au salon de lecture de la Maison Tagba sur RV.

L’épitre aux Galates, par Jean-Pierre Lémonon

Jean-Pierre Lémonon fut l’un des grands professeurs du Nouveau Testament à l’Université Catholique de Lyon. Nous eûmes la joie de suivre son cours annuel consacré à l’épître aux Galates. Cet enseignement a permis la publication d’un ouvrage de référence en français dans la prestigieuse collection Commentaire biblique ; Nouveau testament, aux éditions du Cerf1Jean-Pierre LÉMONON, L’épitre aux Galates, (coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament »; 9), PARIS, Editions du Cerf, 2008..

 

L’approche est systématique. La bibliographie se veut récente, utile et substantielle. L’écriture reste à la fois simple, rigoureuse et précise. Le commentaire suit la traduction littérale de chaque verset. Un système distinguant entre l’Interprétation et les Notes  permet de hiérarchiser les informations, allant du plus large au plus érudit (status quæstionis).

 

Au final, l’investissement du lecteur lui rapporte au centuple. Ce livre excellent2Je souris à ce mot, me souvenant d’une expression chère à J.-P. Lémonon : « Vous n’avez pas le temps de lire les bons livres, non plus les très bons. Vous ne devez lire que les excellents. » permet d’en lire une centaine ! Comprenant mieux les profondeurs de cette lettre de circonstance, le lecteur entre dans la pensée de Paul. Il suit sa colère et découvre la folie de son désir. Une voix révolutionnaire jaillit, fruit d’une expérience inouïe. Elle va participer à emporter l’histoire du monde, nous emportant encore aujourd’hui, comme l’Église catholique semble traverser par les mêmes tentations délétères.

 

Le livre est disponible au salon de lecture de la Maison Tagba sur RV. Il accompagne le cycle de partage consacré en l’année 2025-2026 à cette lettre étonnante (voir ICI).

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