Martin le voyant

La Bibliothèque diocésaine de Langres conserve un très important fonds archivistique de la Congrégation des Annonciades Célestes. En effet, il est constitué de l’ensemble des archives françaises de cet ordre, né à Gênes dans le mouvement de la Contre-Réforme.

 

Parmi de multiples curiosités, voici un curieux carnet de 12 pages1Adio52, 2Z. Il transcrit les visions de Thomas Martin, laboureur à Gallardon, dans la Beauce, en 1816. Ce dernier prétendit avoir reçu de l’archange Gabriel la mission de transmettre un message secret au Roi.

Ces copies furent nombreuses entre 1816 et 1819, en particulier à l’initiative du curé du lieu, le Père Laperruque, ardent propagandiste de son extraordinaire paroissien2La graphie, l’orthographe et le papier semblent indiquer une datation autour de 1820.. Après de multiples interventions en partie contradictoires et un séjour à Charenton auprès des meilleurs aliénistes, le paysan prophète sera reçu par Louis XVIII aux Tuileries, le 02 avril 1816. On rapportera qu’à l’énoncé dudit secret le Roi aurait pleuré3Un premier récit de cette entrevue sera publié douze ans plus tard. Voir Anonyme (abbé Pierre PERREAU), Le passé et l’avenir expliqués par des événements extraordinaires arrivés à Thomas Martin, laboureur de la Beauce, Bricon, Marseille, 1832, ICI. Une version dite intégrale sera ensuite diffusée par les partisans de NAUNDORFF (prétendu Louis XVII), d’abord en 1846, puis en 1893.…

 

De fait, l’affaire fait grand bruit au sein du milieu janséniste et ultra4Voir Philippe BOUTRY et Jacques NASSIF, Martin L’Archange, (coll. « Connaissance de l’Inconscient »), Paris, Gallimard, 1985 (ouvrage disponible à la Bdio).. Certains y voient l’indice providentiel d’un retour curatif à l’ancienne Alliance du Trône et de l’Autel. Très intéressant pour nous la copie finale

[…] d’une lettre du Curé de Gallardon adressé à Mr de Liver, à Langre [sic] en réponse à la demande que celui-ci lui a fait touchant l’événement arrivé à Thomas Martin son paroissien.

Cette indication reste à mieux identifier. Cependant, elle indique le fond mental, jansénisant et réactionnaire, de milieux langrois de plus en plus marginalisés, à la recherche de signes divins après l’épreuve traumatique de la Révolution et sa tornade positiviste.

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