Le Labre baroque de Delporte

Le premier intérêt du livre de Christophe Delporte consacré à Benoît-Joseph Labre1Christophe DELPORTE, Benoît-Joseph LABRE, le presque rien…, Parole et Silence, 2024, 159 p. est de nous faire réviser l’imparfait du subjonctif et notre vocabulaire. Quelle joie ainsi de croiser des mots soudain ressuscités comme cacochyme, coruscant, immarcescible ou prépotence. On en vient à rêver à Huysmans ou Michon s’emparant à leur tour de ce sujet.

 

Le second est d’opérer un voyage vers le passé, retrouvant une approche inspirée des récits hagiographiques du début du XXème siècle. Le propos nous permet ainsi de rapprocher le saint pouilleux de son contexte spirituel, godillant entre appropriation de la réforme tridentine, jansénisme, valeurs protestantes, mercantilisme bourgeois et accusations lumineuses.

 

Mais, finalement, l’intérêt caché de l’ouvrage est bien d’assumer cet écart entre le style luxuriant jusqu’à la préciosité et l’objet de l’étude, à savoir l’extrême dépouillement volontaire. La préciosité un peu vaine du premier fait ressortir la provocation du second. L’auteur n’en est pas dupe, quand il signale l’aspect « baroque » de son texte (p. 157), faisant alors pont avec les belles pages finales de son analyse biographique (pp. 107-108).

 

Ce métaschématisme assume notre défaut et désarroi devant la chose. La beauté exubérante, par son excès même, signale un excès inverse sans cela inaccessible, le dépouillement et la pauvreté du Verbe fait chair. Un stratagème efficace pour déciller nos yeux et éveiller en nous, irréfragables amoureux du concile Vatican II, la sainteté paradoxale du concile de Trente.

 

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