Les Pharisiens

Dans la première partie du livre Les Pharisiens1Mireille HADAS–LEBEL, Les Pharisiens dans les Évangiles et dans l’Histoire, Paris, Albin Michel, 2021., l’historienne Mireille Hadas-Lebel analyse les données historiques. Elle entend ainsi comprendre les continuités entre le mouvement pharisien d’avant la chute du Temple (70 EC) et le mouvement rabbinique qui suit (Cf. Mishna, Talmuds). Le lecteur découvre ainsi l’histoire judéenne depuis les Maccabées, la centralité historiographique de l’œuvre de Flavius Josèphe et les grands courants des judaïsmes au premier siècle. Ceux-ci semblent à la foi différents mais unis par la foi au Dieu unique et l’observance de la Torah, le « judaïsme commun » (p. 122).

 

 

La seconde partie fait focus sur le rapport entre Jésus et les Pharisiens. Le point consiste à expliquer le choix polémique de l’évangile matthéen, à savoir l’équation Pharisiens = hypocrisie, perfidie et cupidité. Or, l’analyse précise des points conflictuels2Observance du shabbat, règles de pureté, jeûne, choix de fréquentations, dîme, serment, divorce, adultère, tribut dû à César, prosélytisme. pointe plutôt « un débat juridique sur la halakha » (p. 118). Aussi, le rabbi Jésus apparaît moins en antithèse radicale qu’en discussion critique à partir d’options convergentes3Foi aux anges et démons, croyance en la résurrection des corps, règle d’or, formes paraboliques inspirées du midrash aggada.. La virulence de ses apostrophes s’explique par son point de vue éminemment prophétique et messianique. Ce dernier reste surdéterminé par un mysticisme nourri d’imminence eschatologique (avènement du Royaume, figure du « fils de l’humain »). Ainsi :

Jésus semble avoir été pour les pharisiens de son temps tout au plus un prédicateur populaire, un thaumaturge, peut-être un pharisien quelque peu dissident imprégné de mysticisme, qui les critique et qu’ils critiquent, comme ils débattent entre eux-mêmes.4p. 147.

Selon l’auteure, tout change après le traumatisme de 70 (incendie de Jérusalem, destruction du Temple, meurtre de masse, exil). Le judaïsme se reconstruit alors autour des héritiers du mouvement pharisien. Il s’oppose alors à un groupe dissident et prosélyte, les judéo-chrétiens (cf. la fameuse birkat ha-minim, prière contre les hérétiques introduite vers 90). Cette lutte en cours expliquerait la violence matthéenne, quand l’expulsion de la synagogue serait déjà actée par Jean (vers 90-100).

 

Quoi qu’il en soit, la déconstruction du discours anti-pharisien permet de lutter contre l’antijudaïsme chrétien. En effet, celui-ci sera sa source principale par la translation métonymique Pharisien = Juif (éternel). Cette étude invite donc à s’engager résolument vers un dialogue judéo-chrétien conforme aux Dix points de Seelisberg (1947) et aux fondements posés par le concile Vatican II (déclaration Nostra Ætate du 28 octobre 1965).

 

Ce livre clair, synthétique et salutaire, semble indispensable à tous les acteurs de la catéchèse comme de la prédication. Il est disponible à la lecture sur RV au salon de lecture de la Maison Tabga.

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