En amont et en aval

L’archive révèle le passé en échappant à la mort, entendez à la destruction. Le destin de certaines pièces est parfois étonnant et imprévu. Par exemple, ce document daté de 17511AD52, 2Z.. Il s’agit d’invitation à la cérémonie de profession religieuse de Sr Marie de Saint Augustin, fille de Mr Voirin, marchand à Lénizeul (Haute-Marne).

Ce type de document est assez rare. Comment nous est-il parvenu ? Le dos de la pièce lève une part du mystère.

Que découvrons-nous ? L’invitation a servi de note de frais (6 livres 10 sols) à un homme de loi (avocat ou avoué), gérant une procédure engagée en 1751 par Pierre Petitot (?), drapier à Montigny, contre Louis Cressot, cabaretier audit lieu. Cette utilisation comme facture et aide-mémoire l’a peut-être sauvée ! Le document se perd ensuite dans le brouillard de l’histoire. Voici pour l’amont.

 

En aval, les circonstances de son entrée dans le fonds diocésain sont des plus étranges. Début mai 2025, un éminent bénévole de la bibliothèque diocésaine va déposer des papiers dans une benne. Ecoutons-le raconter la suite :

Une dame y était encore présente.

Elle m’a exprimé son indignation contre la personne qui avait abandonné sur place une pèse-personne. Elle m’a annoncé qu’elle allait déposer cet objet à la déchetterie.

Dans le cours de la conversation, je lui ai expliqué que j’étais un amoureux du vieux papier et que je récupérais des livres dans les bennes.

Elle m’a répondu qu’elle était en train de débarrasser la maison de sa mère, tout à côté, et que je pouvais y prendre des livres.

J’y suis allé le lendemain matin. Accompagnée de son frère, elle m’a conduit à un espace de bibliothèque. J’y ai choisi des livres en lui précisant qu’ils pouvaient intéresser la bibliothèque diocésaine.

De retour chez moi, j’ai trouvé notre document en tête d’un livre d’histoire du 19ème siècle, sans rapport apparent avec cet ouvrage.

Il conclut par sa joie d’avoir ainsi contribué à faire mémoire d’une religieuse du diocèse.

 

En amont comme en aval, le curieux chemin de conservation de cette pièce ajoute un prix inestimable à sa valeur historique, celui du hasard et des circonstances, de l’imprévu et des rencontres. Dès lors, il ne nous reste plus qu’à identifier plus avant Mlle Voirin, entrée le lundi 07 juin 1751 dans l’ordre des Sœurs Dominicaines. L’aventure de ce document miraculeux ne fait peut-être que commencer.

 

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