Série Déluge, épisode 1/6 : L’amer constat.
Pour ÉLOHÎM, le déluge est moins une décision qu’un constat amer et douloureux.
Sa cause est la violence humaine (cf. Gn 6, 5.11.13) ; sa raison, la convoitise du cœur qui défigure la Création et provoque une délétère confusion des ordres (cf. Gn 6, 2.4)1Voir André WÉNIN, D’Adam à Abraham, ou les errances de l’humain, (coll. « Lire la Bible » ; 148), PARIS, Cerf, 2007, p. 184.. La catastrophe rend visible un mouvement destructeur (cf. Gn 6, 11-12), engagé à rebours du projet divin : agressivité vs douceur, mélange vs séparation, jouissance égoïste vs retrait amoureux, domination vs respect de l’altérité. Projeté à contre-courant des flux de la vie, le monde des humains, violent et prédateur, voit refluer sur lui la confusion chaotique des origines.
Le constat lucide d’ÉLOHÎM (Gn 6, 12 : « Et Elohîm vit la terre, et voici : détruite ! ») est terrible quand on le compare à sa joie désormais éteinte, exprimée à la fin du sixième jour : « Et Élohîm vit tout ce qu’il avait fait, et voici : très bien ! » (Gn 1, 31). Le mal étant toujours et partout (cf. Gn 6, 5), tous les vivants vont disparaître, humains et animaux.
Pourtant un humain fait exception. NOÉ est « juste » (Gn 6, 9). Un juste ne peut disparaître à cause de l’injustice de tous les autres. Certes, il ne peut arrêter le processus inévitable qui conclut les décisions mortifères d’ADAM, CAÏN et LAMEK. Mais il oblige ELOHÎM à sauver un reste de ce monde en phase terminale où NOÉ pourra vivre.
Mais, quelle est cette justice salvatrice qui contraint le divin à inventer une formidable opération de sauvetage ? Réponse lors de l’épisode 2, Justice.
