Série Déluge, épisode 4/6 : Noé, archiviste de la Création.
Quand ÉLOHÎM indique à NOÉ la forme du salut, il lui prescrit une arche à construire et à remplir. Il ne s’agit donc pas de « sauver la terre », la terre demeure, mais de trouver un chemin pour contrecarrer l’inévitable destruction des vivants qui vivent sur la terre et dans le ciel (cf. Gn 1, 20.22).
Le média de la destruction est un engloutissement par les eaux primordiales. Cet événement inverse l’œuvre des deuxième et troisième jours (cf. Gn 7, 11 // Gn 1, 6-10), condition nécessaire au développement des vivants. Mais, de fait, il exclut du cataclysme les animaux aquatiques et relativise son aspect « définitif ». L’humour de ce paradoxe instaure une complicité malicieuse avec les lecteurs et interdit une interprétation littérale. Le récit entend montrer à travers la figure matricielle de NOÉ comment, en temps de crise vitale, la prescription divine peut transformer un « juste » (Gn 6, 9 : 7, 1), constructeur et maître de l’arche, en archiviste de la Création. Un seul suffit à tout sauver. Chaque génération porte en elle, si elle conserve un chemin de justice, la possibilité de ce nouveau départ et de cette reprise radicale. NOÉ annonce donc JÉSUS-Christ, le Déluge préfigure le baptême.
Le remplissage de l’arche est très organisé. Il s’exprime en termes d’« entrée » (cf. Gn 6, 18 ; 7, 1.7.9.13.15.16). On entre dans l’arche comme on entre en Terre Promise. Celle-ci s’étend sur sept jours (cf. Gn 7, 4-10), semaine d’une nouvelle création, ou plutôt d’un renouvellement à partir d’un reste.
Ce reste salvateur est d’abord constitué des huit membres de la famille, soit NOÉ et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. Au total, quatre couples. Il consiste ensuite de « tout le vivant, de toute chair… » (Gn 6, 19). Les vivants entrent dans l’arche en allant « vers Noé » (cf. Gn 7, 9.15). Le Patriarche les déplace par attraction. Le principe est simple : un couple de chaque espèce impure ; sept couples de chaque espèce pure. Cette différence reste encore mystérieuse. NOÉ ne comprend pas, il obéit. Cette distinction prendra sens plus tard, au désert, avec MOÏSE.
Une fois dans l’arche, la Création redevient végétarienne, comme à l’origine (cf. Gn 1, 29-30). Le stock végétal sera nourriture pour quarante jours (cf. Gn 6, 21). Les animaux ne se dévorent pas. Le sang ne coule plus. La douceur et la symphonie abolissent la violence et la convoitise.
Une fois l’arche remplie, ELOHÎM lui-même ferme la porte (cf. Gn 7, 16). Ainsi protégé, son projet de vie échappe à la mort. Archivée par NOÉ, la Création flotte sur les eaux de la mort, et la mort « n’aura pas de domination sur elle » (Cf. Rm 6, 9). Elle vogue dès lors sur le calendrier du désastre (épisode 5).
