Série Déluge, épisode 5/6 : Le calendrier du désastre.

 

Quand les eaux se déversent avec fracas, la Création régresse en-deçà du deuxième jour (cf. Gn 1, 6-10). Tout ce qui vit disparaît, noyé dans l’informe. Demeure indemne un élément : le temps, œuvre du premier jour (cf. Gn 1, 1-5) et du rythme instauré entre la lumière et les ténèbres. Si l’arche flotte sur un espace devenu liquide, confus et inhabitable, il trouve dans le comput calendaire exil et refuge.

 

De fait, le récit raconte la catastrophe utopique (sans-lieu) comme une chronique saturée d’indications calendaires à interpréter. Commencé « en l’an 600 de la vie de Noé, au deuxième mois, le jour 17 du mois… » (Gn 7, 11), le déluge dure 40 jours et 40 nuits (cf. Gn 7, 4.12.17). Quand cessent les pluies, l’effet d’inertie laisse les eaux « dominer » la terre durant 150 jours (40+110 ; cf. Gn 7, 24 ; 8, 3), soit 5 mois (il y a 30 jours dans un mois hébraïque). ÉLOHÎM engage alors un reflux décrit comme « souvenir » de NOÉ, c’est-à-dire mémorial d’un Salut fondé sur la promesse, donc le temps. Ce sera l’opération du Souffle divin, la ruah organisatrice (cf. Gn 8, 1). Le niveau des eaux baissant, l’arche touche terre « sur les montagnes d’Ararat » (Gn 8, 4) le 17ème jour du 7ème mois et y trouve le « repos ». La décrue se poursuit encore jusqu’au 11ème jour du 10ème mois (i.e. durant 2 mois et 24 jours, ou 84 jours = 12X7), ce qui permet aux archivistes de distinguer « les têtes des montagnes » (Gn 8, 5). NOÉ attend alors 40 jours (cf. Gn 8, 6), durée symétrique aux pluies. C’est donc au 21ème jour du 11ème mois qu’il engage la procédure pour « jauger » si la terre est de nouveau habitable.

 

Pour cela, il utilise la voie aérienne : un corbeau puis une colombe, symbole de fécondité, libérés depuis une fenêtre (puisque la porte est close par Dieu de l’extérieur ; cf. Gn 7, 16). Comme la colombe revient une première fois, il attend une semaine pour la relâcher (2ème lâcher), soit le temps prévu pour l’entrée dans l’arche (cf. Gn 7, 10). Elle revient un soir (second retour) avec un « rameau d’olivier » (Gn 8, 11), indice d’un renouveau végétal (œuvre du 3ème jour ; cf. Gn 1, 11-13). Patientant encore sept jours (cf. Gn 7, 4), la colombe exploratrice repart une troisième fois pour ne plus revenir. Ce jour béni en forme de non-retour est clairement daté : 1er du 1er mois de l’an 601 (cf. Gn 8, 13). La séquence, poétique et ternaire, aura donc duré 40 jours. Comme 14 (2X7) furent inactifs (sabbatiques), restent 26 jours (40-14). Or, 26 est identifié dans l’AT comme la valeur numérique du tétragramme (YHWH, soit Youd – Hé – Vav – Hé). De sabbat en sabbat, la colombe survole en trois périodes le nom de Dieu et découvre ainsi un lieu salvateur et trinitaire où habiter… Finalement, NOÉ sort sur la terre redevenue sèche, donc habitable, le 27 du 2ème mois de l’an 601 (cf. Gn 8, 14), soit 56 jours (8X7) plus tard, après 12 mois et 9 jours de navigation (369 jours !).

 

Ce jeu savant et discret sur les chiffres exprime à l’infini l’ardente patience et la mesure de l’œuvre divine, Dieu du temps et de la promesse, bien plus que de l’espace et de ses idoles. Reste alors à sortir, et à revivre. Sauf que… (Voir l’épilogue : Sortir ! Oui, mais…).

 

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