Série Déluge, épisode 3/6 : La mesure du secret.

 

Quand ÉLOHÎM indique à NOÉ la forme du salut (Cf. Gn 6, 14-16), il lui prescrit d’abord une arche (tabah) à construite :

14 Fais-toi une arche en bois de cyprès. Tu la diviseras en cellules et tu l’enduiras de bitume à l’intérieur et à l’extérieur.15 Tu la feras ainsi : trois cents coudées de long, cinquante de large et trente de haut. 16 Tu feras à l’arche un toit à pignon que tu fixeras une coudée au-dessus d’elle. Tu mettras l’entrée de l’arche sur le côté, puis tu lui feras un étage inférieur, un deuxième étage et un troisième.

On s’en doute, le narrateur n’écrit pas pour nous distiller un cours de construction nautique. Son texte est saturé de pistes spirituelles. Nous retiendrons ici trois éléments.

 

D’abord la matière retenue, le bois de gopher. Terme unique dans la Bible (hapax), il est indéfini et mal identifié. Les Pères de l’Église, forts de leur principe de lecture symbolique et typologique, rapprocheront à loisir ce bois à l’essence inconnue avec celui, unique et salvateur, de la Croix.

 

Ensuite la forme. Remarquons cette division en « cellules » ou « nids » (qanan). Cette organisation réintroduit le principe créateur et protecteur de la séparation. Contre la confusion des ordres et le danger d’un rebours mortifère vers le tohu bohu, l’arche affirme la distinction, l’ordre et la structure, en particulier les trois « étages » (ciel-terre-mer ?). Enduit de « bitume » (kopher) sur ses deux faces, le navire est parfaitement étanche, sec et clos. C’est une terre (cf. la « sèche » en Gn 1, 9.10) nouvelle et transitoire. Ce bitume calfeutrant semble très oriental (pas de pétrole en Palestine). Il fait signe vers le lieu de rédaction du texte, la Mésopotamie du temps de l’Exil. Notons enfin que l’« arche » (ou « coffre ») qualifiera aussi l’embarcation du petit MOÏSE (cf. Ex 2, 3.5), elle aussi enduite de bitume. L’histoire du Salut se répète et s’harmonise au fil du récit.

 

Enfin, la métrique. Là encore, la dimension symbolique est fondamentale. Elle appelle au jeu des interprétations, en particulier dans l’esprit inventif de la numérologie kabbalistique. Dans la langue hébraïque, chaque lettre a une valeur numérique. L’aleph, première lettre de l’alphabet, vaut 1 ; Beth, deuxième lettre, vaut 2 ; ainsi de suite. Or nous savons que le nom propre d’ÉLOHÎM, YHWH, le tétragramme, est constitué de trois lettres : Yod = 10 ; Hé = 5 (deux fois) et Waw = 6. Certains éléments deviennent alors très intéressants. La longueur, 300 coudées, est le produit des trois lettres : 6X5X10. La largeur, 50, est celui de deux lettres Hé et Yod. La hauteur, 30, est celui de Hé et de Waw. En additionnant la largeur et la hauteur nous avons Yod, Hé deux fois et Waw, donc YHWH ! Bref, les dimensions de l’arche cachent et révèlent celles du Nom divin. Pour être sauvé du naufrage, il convient d’abord d’entrer dans le Nom protecteur de Dieu, c’est-à-dire dans sa Loi. Telle est la mesure du secret.

 

Muni de cet instrument, extension de sa « justice » (cf. Gn 6, 9), NOÉ, à l’écoute du Seigneur, peut poursuivre la procédure salvatrice. Mais qui sauver ? Tout ? À découvrir dans le 4ème épisode : Noé,  archiviste de la Création.

 

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