Comment expliquer combien la lecture de livres sur Pyrrhon ou Diogène provoque en moi des bouffées de joie1En l’occurence Enzo GODINOT, Pyrrhon, naissance du scepticisme, PARIS, Cerf, 2026. ?
Je dois en convenir. Je leur suis redevable, marqué aux fers par mes premières lectures hasardeuses des Présocratiques et de ces maîtres étranges, aux calmes incertitudes.
En forme d’hommage, j’aimerais convoquer le style merveilleux de Marcel Schwob, compléter ses Vies imaginaires et décrire à sa manière la discussion de Timon et Pyrrhon au hasard des routes poudreuses de Delphes. Je dirai en somme que cette rencontre ressemble plus au choc paysan des premiers disciples de François d’Assise qu’aux cours érudit des professeurs emplumés de classes préparatoires.
On le sait, Pyrrhon, successeur à sa manière de Démocrite, ne prétend pas que l’on ne sait rien. Il dit simplement que l’on ne sait pas si l’on sait ou si l’on ne sait pas. Cette situation est-elle permanente, transitoire, soluble ? Va savoir… Aussi le disciple conséquent questionne sa prétention frivole à être heureux en analysant comme il sied la prétendue nature des choses (ta onta) ou de leur apparaître (ta pragmata). Mais l’enseignement du maître qui n’en est pas sera d’aller outre et d’expérimenter certaines manières conséquentes de vivre, quand toute vérité dogmatique n’est que coutume.
Pascal n’est pas loin, qui ne voyait qu’un intérêt limité à la philosophie (une heure d’étude…), partant, à sa manière incomplète et touchante, Nietzsche, l’imitateur. Deux malades d’ailleurs, qui savent ce qu’ils doivent ici à la maladie.
Aussi, comme le terreau était déjà favorable, Sep à sa mesure n’a que confirmé en moi cette propension native à l’évidence bienheureuse du doute. SEPticisme de bon aloi, avec ses corollaires, aux heures les meilleures, de tranquillité et de douceur.
Mère d’incertitude, l’affection à longue vue et de longue durée trouble les illusions reçues et libère des aliénations. Dans le tonneau de Diogène ou à l’ombre des rues d’Elis, pas de panique. Les frères d’incertitude s’en remettent au soleil comme je m’en remets au Christ, grâce inattendue et inespérée de cet avent salutaire.