La Sep comme délai

Une des propositions de Günther Anders fut la notion de délai1Aufschub : délai, sursis, report.. Pour lui, l’ère atomique révèle une nouvelle temporalité marquée par l’incapacité à se représenter, donc à vouloir et faire sien, le monde qu’il construit. Elle clôt l’espérance adulescente en un progrès lumineux, ouvert et infini. La catastrophe étant chaque jour de plus en plus inévitable, le temps désœuvré, humilié et inquiet que nous vivons, temps sans époque, n’est qu’un délai avant la fin qui vient.

 

La maladie dégénérative hypostase dans son ordre et à son échelle cette dynamique historique. Elle la vit à un niveau individuel, précis et concret. Elle oblige à sortir du déni, et, reprenant la proposition d’Anders, à agir comme si le pire était déjà arrivé. Aussi, loin d’anéantir et de dissoudre sans objet, la prescription sépienne libère des anciennes entraves. Ce faisant, elle permet l’action courageuse, résolue et rationnelle.

 

Car le sépien vaincu trouve par sa défaite même la force nouvelle d’un combat inattendu. L’agonie permanente signifie en lui la présence irréfragable de la fin. Elle exige une composition de chaque jour. Cette existence déroutée prend forme de compost, à la fois décadente, pourrissante mais vivante. Au lieu d’effraction, par lente décomposition, fermente l’étrange spectacle d’un passage vers un avenir ressenti au-delà de soi et encore possible, semblable à l’état hallucinatoire que procure le jeûne.

 

Un avenir ouvert en forme d’horizon retrouvé, attente inespérée et, en cela, immensément joyeuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut