La SEP ressemble à une masse monstrueuse qui tord l’espace-temps existentiel. Ainsi reconfiguré, le malade perturbé échappe à la construction sociale, en particulier à l’accaparement permanent de l’attention. Rejeté sur le bord de la route, en panne sèche, il glisse alors vers l’immonde.
Or, cette manière imposée qui lui échappe consiste non seulement à bourrer nos existences jusqu’à la gueule d’activités variées, mais encore à calfeutrer à la chaux ce sarcophage frénétique en suscitant à chaque instant tout ce que nous pourrions faire d’autre. Ainsi, l’homme moderne, hébété et cacophonique, planté là et toujours désirant être ailleurs, se trouve doublement paralysé.
Cet état n’est pas d’infortune. Il correspond à un plan rigoureux, que signalaient déjà Baudelaire, Rimbaud, Péguy et très précisément Bernanos :
On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles !1Georges BERNANOS, La France contre les robots, PARIS, Robert Laffont, p. 138.
Par étrange, le mal impose une autre hébétude qui nous arrache à cet horizon mortifère ! L’esprit flasque, vidé de toute énergie, ne peut plus se complaire aux écrans, couleurs et activités. Il se tait, vaincu et amorphe. Cette passion sans objet ressemble à la mort et tord jusqu’à l’angoisse. Pourtant, sa défaite même ouvre à l’Inconnu qui vient.
Aux tréfonds des avachissements sépiens, parce que brisés et vaincus, dégagés malgré nous des horreurs acidulées et kaléidoscopiques, une présence autrefois impossible fait signe et nous sourit.