Cat man

Comme je viens de voir partir définitivement ma voiture, avec elle ses promesses associées, l’évidence des faits impose sa loi d’airain. Je suis désormais un piéton.

 

Ou plutôt non, car marcher je ne le puis plus.

 

Je suis bien plus devenu un chat, animal territorial par excellence, que je n’apprécie d’ailleurs que modérément. Cette réduction cataire au demi-hectare ressemble donc à une double peine, voire une fourberie tant je ne saurais revendiquer sans mentir quelque souplesse.

 

Parfois, la chose me paraît incroyable, mais la maladie m’a appris combien le réel n’a pas besoin d’être crédible pour être vrai. Au contraire de nos différentes réalités inventées, fruits de nos mensonges et tristes fantasmes.

 

Vais-je devenir ainsi que l’auguste félin, mais lourd et pataud, un délire de contrôle ou la vigie angoissée et hautaine d’un micro-royaume ? Assis sans joie derrière la vitre, à demi endormi, j’observerai l’air de rien l’ailleurs immobile comme un décor sans profondeur. J’irai me frotter à chaque visiteur. Ils y verront de l’amitié extravagante, quand il ne s’agit en fait que d’une procédure de neutralisation.

 

Ah, quelle horreur ! La sep languissante me réduisant en Raminagrobis d’infortune, moi qui rêvait tant au loup libre et au chien insoucieux.

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