Prendre et apprendre

Clap de fin sur cette riche émission. On y entend Ruwen Ogien, penseur délicat. Dans son livre1Ruwen Ogien, Mes mille et une nuits, PARIS, Albin Michel, 2017., il métaphorise sa maladie comme métier, et l’envisage sous la forme d’un CDI. J’avais pensé aussi comme cela, autrefois. Mais s’il pose la possibilité d’une démission, j’y voyais plutôt un étrange recrutement, puisque je n’avais pas candidaté à ce poste. Recruté de force en somme.

 

Cette différence est-elle la conséquence du type de maladie, lui un cancer, moi une SEP ? Pour la première, c’est soigne ou crève, à courte échéance. Pour la seconde, c’est une affection très longue durée qui détruit, ne tue pas, prend son temps. Ce qui se joue semble moins l’évidence de la destruction que celle de l’humiliation et du rétrécissement ad nauseam.

 

Pour les cancers, la démission est soit la mort, soit la rémission. Pour nous, sépiens, ni mort, ni rémission. Le contrat ne peut pas être résilié. Impossible de passer à autre chose et de repartir presque comme avant, bardé de cicatrice, fort des leçons de choses de l’épreuve surmontée. Avec la SEP, il faut vivre avec et dedans. Peut-être déjà deux types de malades, à ne pas amalgamer trop vite sous la rubrique « Malade ». Deux types de douleur aussi, d’où les limites de la critique du dolorisme chez Ogien. Et peut-être deux types de médecins.