fatigue ou épuisement
Frédéric Boyer voit juste quand il lit le texte évangélique au ras des mots (cf. « La grâce et la fatigue »). Astheneia (sans force) ne signifie pas nosos (maladie). L’Esprit saint connaît son Bailly. Ici l’expertise exégétique des mal-foutus est indispensable. Que les pontifes exaltés et hyperactifs s’assoient, se taisent et écoutent ! Car nous, contrairement à eux, savons bien cela.
Disons que la fatigue est la conséquence d’un effort. La fatigue est une pathologie de bien-portants, de pas-malades. C’est l’avers de l’action. Lorsque je pratiquais la course à pied, soit presque vingt années à courir 50 à 80 km par semaine (voir le post « Courir »), j’étais tout le temps fatigué. Heureuse fatigue bordel, bourrée d’endomorphine. Bénédiction.
Mais ce dont on parle n’est pas cette fatigue (grec kopiaô). Je l’appellerais épuisement. Rien en amont, rien en aval. Aucune explication. Pas de cause. Le vide ou plutôt un néant de force. Une coupure d’avec la possibilité même de l’effort. Un court-circuit d’avec la volonté. Epuisé comme jeté dans un puits sans fonds. L’abysse. L’enfer. Et tu restes allongé, comme un con.
Si le Christ est venu rejoindre et partager cet épuisement, tout change. Il redevient crédible. Un Dieu épuisé et vaincu pour des hommes épuisés et vaincus.