Du lieu commun

Souvent, lorsque les gens me parlent de la SEP, ils emploient des lieux communs affligeants. Quand les collègues prêtres veulent spiritualiser mon état, ils utilisent des formules creuses et insipides. En fait ils disent n’importe quoi.

 

J’ai cru d’abord qu’il s’agissait d’une sorte de sidération qui rendait idiot. Mais ces clichés ont une fonction très claire. Ils servent à ramener la discussion au lieu sûr, vers le déjà connu, quand la maladie l’avait aventurée en de dangereux marigots. Les mots creux travaillent à l’instar de filets jetés sur l’élément dérivant. Ils disent avec l’autorité du gendarme :

Viens-là mon garçon et tiens-toi plus tranquille. On t’a à l’œil.

Rassurés par mon air ahuri, chacun s’en retourne chez soi, le quidam et le curé, contents de s’en être sorti à aussi bon compte, comme si finalement ce n’était pas si grave.