L’horreur de la fixation
Le cœur de la stratégie d’existence post-moderne n’est pas la construction de l’identité, mais l’horreur de la fixation.1Zygmunt Bauman, « From Pilgrim to Tourist, or, A Short History of Identity », dans Stuart Hill & Paul du Gay, Questions of Cultural Identity, Londres – Thousand Oaks – New Dehli, Sage publications, 1996, p. 24.
Si je me méfie de ces affirmations définitives, je retiens l’expression du sociologue Zygmunt Bauman : « horreur de la fixation ». Le malade de SEP se fixe par nécessité, car il se fige progressivement. Comme son espace disponible se réduit, il étend ses racines autour de son lit et de sa chambre. Serait-ce ce lent abcès de fixation, mis en scène mois après mois, qui expliquerait l’horreur que nos conditions d’existence inspirent parfois ? Nous serions si confondus à nos espaces de vie, étroits et ratatinés, que nous porterions sur le front la marque de la grande infamie post-moderne.
De fait la maladie nous fait jurer vœu de stabilité, comme les moines. Matin et soir. Vœux de chasteté et de pauvreté aussi, pour d’autres raisons. Et encore vœu d’obéissance, même si les résistances sont farouches. Un concert de vœux. N-a-t-on jamais vu personnes plus votives ?
Inutile de nous géolocaliser, de nous chercher, d’appeler pour demander : « Où es-tu ? » Plus d’ailleurs. Une identité en sclérose, peu fluide, non flexible, si peu cool, plantée droite dans la terre, comme les poteaux sacrés et les anciennes idoles.
On a connu, autrefois, un gars comme ça, maudit, horrible, cloué au poteau et libre.