GPT-5
Comme jaillit de sa boîte Chat GPT-5, j’entends un éditorialiste assurer que l’IA ne lui fait pas peur. Pour ma part, je pense que seules les andouilles ne craignent pas l’IA. J’en déduis finement que l’éditorialiste est une belle andouille. Ce syllogisme implacable s’appuie sur les trois prémisses suivantes :
Tout d’abord, mes lectures depuis l’enfance des auteurs classiques de la SF. Leurs prévisions se sont révélées étonnamment exactes pour aujourd’hui. Il devient donc raisonnable de croire raisonnable l’évolution de la suite de leur anticipation. Or, celles-ci sont toujours pessimistes pour l’espèce humaine, à l’image de leurs anthropologies. Je partage ce point, que partage la Bible.
Ensuite, le peu de mathématiques et d’informatique que je connaisse me laisse perplexe sur la possibilité de limiter la puissance de calcul des systèmes numériques. Je crois comprendre ce que signifie une fonction exponentielle. Aussi l’IA sait sur nous des choses que nous ignorons, et auxquelles nous n’avons pas accès sans elle. La masse de données dépassera bientôt en efficacité prévisionnelle toutes les théories humainement concevables1Voir Byung-Chul HAN, La crise dans le récit, (trad. de l’allemand par Olivier MANNONI), Paris, Puf, 2025, p. 91-92, citant un article de Chris ANDERSON, dans Wired Magazine, 16/07/2008..
Enfin, la SEP me démontre tous les jours un point que notre cher éditorialiste refuse de considérer : les limites du cerveau humain. Devant par nécessité assimiler quelques éléments de neurologie, je découvre combien notre cerveau est certes étonnant, mais aussi très fragile, parfois halluciné et combien il peut s’illusionner. D’autant que notre chère modernité si lumineuse, voire illuminatrice, lui a créé un monde merveilleux, addictif et épuisant. Comme le maçon démantibulé après trente années à porter des charges lourdes, il n’est pas impossible que les cerveaux surexcités de nos chères têtes blondes explosassent dans trente ans en multiples défauts neuro-dégénératifs.
Dieu créa l’humain pour sceller une alliance fondée sur l’amour. L’humain athée de la Silicon Valley, disciple de Mickey Mouse et du projet capitaliste, ne crée pas l’IA pour accroître seulement ses possibilités de jouissance. Il invente aussi cet artefact pour revigorer le credo parasite de la tabula rasa. Ce faisant, il construit une nouvelle relation à l’altérité radicale. Il croit alors échapper à l’impasse narcissique, ou plutôt au vide mortifère qui le menace.
Qu’on le rassure, il ne sera pas déçu. Seulement aboli.