A marche défaite
La démarche défaillante du sépien bien atteint, canne encanaillée et lenteur de sénateur, ouvre sur ses chemins chaotiques des regards fuyants, soucieux ou apitoyés. Soyons juste, elle provoque aussi des écartements cérémonieux et souriants.
Finalement, l’attitude générale ressort plutôt de la chute des tensions, par évidence de la vulnérabilité et défaite de toute ambition. Ainsi reconfiguré, l’espace commun s’autorise le déclin des préventions et un désarmement de bon aloi.
Quoi redouter, que représenter quand le croisement et la rencontre furtive n’a plus d’enjeux sociaux, symboliques ou narcissiques ? Le moi tyrannique, qui voit tout à son intérêt et mesure, se place en mode veille. Il s’oublie et se relâche. Le marcheur alors dégagé envisage le monde autrement, selon une existence coopérative et décontractée. Le lourd voile des apparences s’écarte un peu. Il laisse apparaître en deçà de secrètes tendresses du cœur.
Certes, cela ne dure qu’un bref instant. Comment pourrait-il en être autrement ? Des millénaires de sélections, d’avantages évolutifs et de systèmes éducatifs nous ont si profondément conditionnés. Mais dans cette courte éclaircie par laquelle on dépose une seconde le commun fardeau, j’entrevois à l’improviste le doux murmure d’un Royaume qui palpite.