le grand déménagement
La SEP me chasse de moi. Lentement, elle prend ma place. Je deviens locataire de mon corps, exproprié. Les gens ne voient plus qu’elle. Je ne sens plus qu’elle. Elle, partout, despotique. Matin, soir, insomnies, mauvais réveils, elle est là, s’impose, gouverne. Elle gesticule. Il n’y a plus qu’elle qui bouge. Elle désarticule les copains Parkinson des séances de kiné. Sait-elle, sale parasite, que son triomphe sera sa fin ?
Pourtant, n’a-t-elle pas raison ? N’est-elle pas chemin, tao?
La maladie m’emporte, car le temps nous porte. La mort porte ce texte comme cette phrase. Elles travaillent de concert. La SEP me déplace, me déménage, me métaphorise. Elle me déplace hors de moi, loin du confort et des édens. Elle m’éclate de mille feux, symphonique, excentrique, marginal. Emporté dans les marges, aux bords de la page, je reprends le cours des éléments et communie sur l’onde bienfaisante qui m’a fait vivre.
Cette communion finit mal.