Le Noël des mésanges

Mi décembre, je reviens du jardin. Taille, nettoyage d’hiver, nourriture des oiseaux. Au retour, je trouve dans ma boîte aux lettres la carte d’une amie allemande avec trois mésanges peintes et une pensée écrite en bleu, que je traduis ainsi :

Le secret de Noël consiste en ceci, que si nous sommes à la recherche de la grandeur et de l’extraordinaire, nous sommes rapportés à l’insignifiant et à la petitesse.

De fait, ce n’est pas la moins rude et douce des béatitudes que d’en être réduit à ne plus devoir réussir sa vie, mais seulement à survivre au jour le jour. Voire plus simplement à ne plus mourir, comme Bardamu dans le Voyage :

Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.1Louis-Ferdinand CÉLINE, Voyage au bout de la nuit, chap. 7 si je me souviens bien.

Sep mon amour, avec toi dans le coffre, ce serait donc Noël tous les jours ! Comment se plaindre ?

 

Est-ce aussi pour cela que je pourrais regarder les mésanges du jardin pendant des heures ? Les regarder sans rien faire, avec le sentiment magique de ne pas perdre mon temps. Sans la culpabilité insidieuse des mille activités stupides que l’on nous enjoint et qui nous humilient. Dégagé des ambitions.

 

Dans les arbres nus qui dorment et rêvent de printemps, les mésanges des campagnes, toute rondes, scintillent au cœur du malade comme des boules de Noël !