Apprendre à attendre
Autre réaction à l’émission philosophique « Que nous apprend la maladie ? », diffusée sur France-Culture.
Dans tous ces discours, je note la prééminence du concept de corps, évidemment, mais dans une optique plutôt spinoziste. Je repense alors à la distinction du grec ancien, entre la chair (sarks) et le corps (sôma). La chair dit le corps dans sa faiblesse, sa vulnérabilité, sa mortalité, sa tendresse aussi, et sa puissance de relation. Si l’on retient cette distinction, le « désir » qui obsède les intervenants n’est pas du côté du corps-sôma, clos, total, mais de la chair ouverte, vibrante. La chair que dévorera le sarcophage. La chair sans corps social qui l’étouffe, sans politique à grandes bouches, sans discours corporatiste, sans corps de texte. Sans ambition.
Une écriture dans la chair du texte. Une philosophie sans corps conceptuel. Les malades rêvent un amour de la sagesse qui s’aposte au seuil de l’Indisponible, qui ne cherche pas, ce serait encore conquête (cf. Simone WEIL). Mais pour cela, il convient de se taire et d’attendre l’inespéré.