Nom de l’auteur/autrice :Thierry LECOMTE

Thierry Lecomte est né en 1969, Après des études en histoire médiévale, il rencontre l'évangile et est ordonné prêtre catholique en 2002 pour le diocèse de Langres (52). Curé à Chaumont, Langres et Joinville, il est auteur d'une thèse sur Claudel et Rimbaud. Atteint de sclérose en plaques primaire progressive depuis 2013, il vit désormais au rythme de cette maladie.

En amont et en aval

L’archive révèle le passé en échappant à la mort, entendez à la destruction. Le destin de certaines pièces est parfois étonnant et imprévu. Par exemple, ce document daté de 17511AD52, 2Z.. Il s’agit d’invitation à la cérémonie de profession religieuse de Sr Marie de Saint Augustin, fille de Mr Voirin, marchand à Lénizeul (Haute-Marne).

Ce type de document est assez rare. Comment nous est-il parvenu ? Le dos de la pièce lève une part du mystère.

Que découvrons-nous ? L’invitation a servi de note de frais (6 livres 10 sols) à un homme de loi (avocat ou avoué), gérant une procédure engagée en 1751 par Pierre Petitot (?), drapier à Montigny, contre Louis Cressot, cabaretier audit lieu. Cette utilisation comme facture et aide-mémoire l’a peut-être sauvée ! Le document se perd ensuite dans le brouillard de l’histoire. Voici pour l’amont.

 

En aval, les circonstances de son entrée dans le fonds diocésain sont des plus étranges. Début mai 2025, un éminent bénévole de la bibliothèque diocésaine va déposer des papiers dans une benne. Ecoutons-le raconter la suite :

Une dame y était encore présente.

Elle m’a exprimé son indignation contre la personne qui avait abandonné sur place une pèse-personne. Elle m’a annoncé qu’elle allait déposer cet objet à la déchetterie.

Dans le cours de la conversation, je lui ai expliqué que j’étais un amoureux du vieux papier et que je récupérais des livres dans les bennes.

Elle m’a répondu qu’elle était en train de débarrasser la maison de sa mère, tout à côté, et que je pouvais y prendre des livres.

J’y suis allé le lendemain matin. Accompagnée de son frère, elle m’a conduit à un espace de bibliothèque. J’y ai choisi des livres en lui précisant qu’ils pouvaient intéresser la bibliothèque diocésaine.

De retour chez moi, j’ai trouvé notre document en tête d’un livre d’histoire du 19ème siècle, sans rapport apparent avec cet ouvrage.

Il conclut par sa joie d’avoir ainsi contribué à faire mémoire d’une religieuse du diocèse.

 

En amont comme en aval, le curieux chemin de conservation de cette pièce ajoute un prix inestimable à sa valeur historique, celui du hasard et des circonstances, de l’imprévu et des rencontres. Dès lors, il ne nous reste plus qu’à identifier plus avant Mlle Voirin, entrée le lundi 07 juin 1751 dans l’ordre des Sœurs Dominicaines. L’aventure de ce document miraculeux ne fait peut-être que commencer.

 

Les Pharisiens

Dans la première partie du livre Les Pharisiens1Mireille HADAS–LEBEL, Les Pharisiens dans les Évangiles et dans l’Histoire, Paris, Albin Michel, 2021., l’historienne Mireille Hadas-Lebel analyse les données historiques. Elle entend ainsi comprendre les continuités entre le mouvement pharisien d’avant la chute du Temple (70 EC) et le mouvement rabbinique qui suit (Cf. Mishna, Talmuds). Le lecteur découvre ainsi l’histoire judéenne depuis les Maccabées, la centralité historiographique de l’œuvre de Flavius Josèphe et les grands courants des judaïsmes au premier siècle. Ceux-ci semblent à la foi différents mais unis par la foi au Dieu unique et l’observance de la Torah, le « judaïsme commun » (p. 122).

 

 

La seconde partie fait focus sur le rapport entre Jésus et les Pharisiens. Le point consiste à expliquer le choix polémique de l’évangile matthéen, à savoir l’équation Pharisiens = hypocrisie, perfidie et cupidité. Or, l’analyse précise des points conflictuels2Observance du shabbat, règles de pureté, jeûne, choix de fréquentations, dîme, serment, divorce, adultère, tribut dû à César, prosélytisme. pointe plutôt « un débat juridique sur la halakha » (p. 118). Aussi, le rabbi Jésus apparaît moins en antithèse radicale qu’en discussion critique à partir d’options convergentes3Foi aux anges et démons, croyance en la résurrection des corps, règle d’or, formes paraboliques inspirées du midrash aggada.. La virulence de ses apostrophes s’explique par son point de vue éminemment prophétique et messianique. Ce dernier reste surdéterminé par un mysticisme nourri d’imminence eschatologique (avènement du Royaume, figure du « fils de l’humain »). Ainsi :

Jésus semble avoir été pour les pharisiens de son temps tout au plus un prédicateur populaire, un thaumaturge, peut-être un pharisien quelque peu dissident imprégné de mysticisme, qui les critique et qu’ils critiquent, comme ils débattent entre eux-mêmes.4p. 147.

Selon l’auteure, tout change après le traumatisme de 70 (incendie de Jérusalem, destruction du Temple, meurtre de masse, exil). Le judaïsme se reconstruit alors autour des héritiers du mouvement pharisien. Il s’oppose alors à un groupe dissident et prosélyte, les judéo-chrétiens (cf. la fameuse birkat ha-minim, prière contre les hérétiques introduite vers 90). Cette lutte en cours expliquerait la violence matthéenne, quand l’expulsion de la synagogue serait déjà actée par Jean (vers 90-100).

 

Quoi qu’il en soit, la déconstruction du discours anti-pharisien permet de lutter contre l’antijudaïsme chrétien. En effet, celui-ci sera sa source principale par la translation métonymique Pharisien = Juif (éternel). Cette étude invite donc à s’engager résolument vers un dialogue judéo-chrétien conforme aux Dix points de Seelisberg (1947) et aux fondements posés par le concile Vatican II (déclaration Nostra Ætate du 28 octobre 1965).

 

Ce livre clair, synthétique et salutaire, semble indispensable à tous les acteurs de la catéchèse comme de la prédication. Il est disponible à la lecture sur RV au salon de lecture de la Maison Tabga.

Vive la recherche !

À sa mesure, la bibliothèque diocésaine du diocèse de Langres essaie de soutenir la recherche en sciences religieuses. C’est pourquoi nous faisons l’effort d’acheter quelques livres issus de grandes entreprises éditoriales ou tirés des thèses importantes.

 

Le fonds a ainsi acquis quatre tomes de l’Histoire de la littérature grecque chrétiennes, édités aux Belles Lettres (voir par exemple ICI). Ce travail considérable, dirigé par Bernard Pouderon et Sébastien Morlet dans la fameuse collection L’Âne d’Or, constitue une somme d’érudition. Il complète harmonieusement la collection lyonnaise Sources Chrétiennes et renouvelle certains aspects de nos connaissances en patristique.

 

De même, grâce à un mécène, la Bdio vient d’acquérir le livre d’Alexis Balmont sur Le Christianisme chinois du haut Moyen-Âge. Tiré de sa thèse, cet ouvrage novateur et érudit traduit, étudie et publie pour la première fois sept textes chrétiens chinois s’étendant du VIIe au Xe siècles.  Dépaysement garanti, d’autant que ces documents, reproduits en écriture idéogrammatique, intègrent des éléments judéo-chrétiens, manichéens, taoïques et bouddhistes (présentation en vidéo ICI).

 

Ces différents livres sont disponibles à la consultation sur RV au salon de lecture de la Maison Tabga.

 

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