Nom de l’auteur/autrice :Thierry LECOMTE

Thierry Lecomte est né en 1969, Après des études en histoire médiévale, il rencontre l'évangile et est ordonné prêtre catholique en 2002 pour le diocèse de Langres (52). Curé à Chaumont, Langres et Joinville, il est auteur d'une thèse sur Claudel et Rimbaud. Atteint de sclérose en plaques primaire progressive depuis 2013, il vit désormais au rythme de cette maladie.

Georges Viard

La mort de Georges Viard, professeur honoraire d’histoire moderne à l’Université de Nancy-II, marque la fin d’une époque. Membre fondateur de l’Association des Amis de la Bibliothèque diocésaine de Langres, il en signa les statuts en mars 1996. Élu président de 1996 à 2001, puis vice-président jusqu’en 2021, possesseur des clés, il fréquenta nos locaux jusqu’à ses 90 ans.

 

Meilleur connaisseur du fonds local et de ses trésors, il en a indexé et inventorié la grande majorité des livres. Nombreuses sont les fiches écrites de sa main. Avant sa retraite, lorsqu’il faisait ses recherches historiques, il travaillait surtout lorsque les bénévoles n’étaient pas là. Dès sa retraite il venait pratiquement tous les mardi et jeudi après-midi. Il y dispensait bonne humeur, conseils et justes remarques.

 

La célébration d’adieu présidé par l’Évêque de Langres en l’église Saint-Martin de Langres fut à son image, simple, chaleureuse, chantante et encourageante. Á cette occasion, une série d’hommage fut adressée par les différentes institutions historiques dont Georges fut un animateur ardent et un point d’harmonie. Se succédèrent alors les Amis de Morimond, l’ASAS, la SHAL et la Bibliothèque diocésaine.

 

Le texte lu au nom de notre bibliothèque est disponible ICI. Par delà la tristesse, il invite à poursuivre l’œuvre commencée, dans l’unité et une « fidélité créatrice ».

 

Bussières-lès-Belmont

La bibliothèque diocésaine conservait dans deux containers un fonds archivistique provenant du village de Bussières-lès-Belmont (avec quelques pièces concernant Grenant et Saulles). Entré par des voies dites extraordinaires, il vient d’être classé et de faire retour à la maison, autrement dit dans la sous série 2P (fonds locaux). Ce fonds est assez important (c. 1 ml.) et comporte les éléments habituels. Deux dossiers cependant attirent l’attention.

 

D’une part, un ensemble de sermons1Adio52, 2P Bussières-lès-Belmont, 2C (2 boîtes). de l’après Première Guerre mondiale. Il s’agit de commentaires des évangiles, de conférences de Carême et de Chemins de croix, tous bien conservés et méticuleusement indexés. Une lecture précise permettrait d’approfondir notre connaissance des prédications dans un village haut-marnais, il y a cent ans. Avis aux étudiants !

 

D’autre part, un ensemble de pièces autour de 1850 concernant le schisme de Roches-Bettaincourt et la conversion de l’abbé Marche à l’Église catholique française de François Châtel2Dossier « Pièces diverses. Affaire Marche. Petite église »; Adio52, 2P Bussières-lès-Belmont, Z.. Une étude rapide montre qu’il s’agit des documents conservés par l’abbé Morisot, curé de Bettaincourt durant l’affaire, puis transféré à Bussières, lieu où il meurt en 1872. Les choses s’expliquent donc. Le dossier est constitué comme suit :

  • Une lettre du substitut du Procureur royal, à Wassy, Eugène Renard (?), datée du 21 juillet 1843, demandant au père Morisot de lui transmettre des informations à titre officieux.
  • 9 lettres épiscopales, datées du 31/03/1843, 05/07/1843, 31/07/1843 (« […] la conspiration est flagrante »), 24/11/1843 (« […] le loup de l’hérésie va donc entrer dans notre chère bergerie diocésaine »), 09/12/1843 (démarche vers le Préfet), 02/02/1844, 14/02/1844 (cas des sœurs), 16/10/1844 (appui et encouragement) et enfin du 14/03/1848, se moquant des menées de Marche et Châtel.
  • Une demande d’information du Sous-préfet adressée au maire (21/03/1850).
  • Une copie de l’acte préfectoral dissolvant l’Église française pour menées politiques (24/03/1850).
  • 7 lettres de Barrillot, vicaire général, à Morisot, du 28/12/1835 (nomination comme vicaire à Châteauvillain), 08/02/1844 (binage provisoire à Doulaincourt), 02/12/1851, les autres sans date ou année, sans doute de 1850. On perçoit en arrière fond les démarches épiscopales à Paris, en particulier auprès de Mr de Falloux.
  • Un billet sans date de Carré, demande au curé un recensement des fidèles de chaque église, afin de renseigner la Préfecture.

Au final, cet ensemble inédit est intéressant pour mieux comprendre la réaction diocésaine et politique à cet événement si particulier, dont l’histoire précise reste à écrire. Avis aux historiens !

 

1853, naissance des fonds d’archives paroissiales

Les archives diocésaines ont désormais la tâche de collecter les fonds locaux (archives paroissiales, conservées dans la sous-série 2P).  Ceux-ci naissent par un acte épiscopal du 29 avril 1853.

Placés sous la responsabilité des curés travaillant par équipe de doyenné1De fait, ce catalogue se substitue pour l’année 1853 aux Conférences ecclésiastiques. Il en reprend le cadre, le caractère obligatoire et le suivi épiscopal (double transmis à l’Évêché). Le lien ainsi constitué entre formation permanente et archives est très suggestif., ils se divisent en deux ensembles.

 

Tout d’abord, un Catalogue chronologique et analytique des publications émanées de l’Autorité diocésaine (ouvrages liturgiques, catéchismes, instructions pastorales, circulaires, etc.). Cet outil est aussi pensé comme un Plan partagé de conservation :

De cette manière, il suffira qu’une pièce ait été retrouvée dans une seule paroisse pour qu’on puisse en faire profiter tous les autres.

Quand il existe, ce document constitue un précieux témoignage historique.

 

Ensuite un Inventaire général des archives paroissiales2Dans les faits, le texte demande deux inventaires et indique des conseils de conservation., définies comme « les archives du Ministère pastoral et les archives de la Fabrique ». Il s’organise selon un cadre-type :

  1. Archives du Ministère pastoral
  • Les publications émanant de l’Autorité diocésaine communes à toutes les paroisses ;
  • Les titres et papiers qui ne concernent que la paroisse ;
  • la correspondance avec l’Évêché et les Autorités civiles ;
  • les pièces diverses.
  1. Les archives de la Fabrique
  • Les titres de propriété ;
  • Les pièces concernant les actes d’administration ;
  • La correspondance;
  • Les pièces diverses.

 

De plus, les pièces les plus importantes (donc les plus anciennes) doivent être intégralement retranscrites sur le Registre de paroisse et le Sommier des titres de la Fabrique.

 

L’archiviste contemporain salue le talent organisationnel de l’Autorité épiscopale dont il est l’heureux héritier et le continuateur. Indécrottable conservateur, il s’inquiète du désintérêt actuel pour certaines archives paroissiales, comme de la dérive numérique. Il lui plaît, chaque matin, se rappeler la juste injonction finale, rédigée dans un style éclatant, qui rompt avec la sécheresse jargonneuse des ordonnances administratives de notre temps :

Il faut recueillir toutes les pièces avec soin, les disposer avec ordre, les numéroter et les inventorier avec exactitude. Il ne faut en négliger aucune sous prétexte qu’elle ne présente aucun intérêt : tels qu’il paraît aujourd’hui n’en point offrir, peut en acquérir beaucoup avec le temps et par suite de circonstances qu’on ne peut prévoir.

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