Blaise Pascal a changé ma vie. Son honnêteté radicale, son style, son génie. Par exemple les trois Discours sur la conditions des grands (temps de lecture dix minutes; temps de digestion, une vie) m’ont libéré de la politique1Je suis de fait athée en politique, ou anarchiste à la manière de Jacques Ellul. Cf. Jacques ELLUL, Anarchie et Christianisme, (Coll. La petite vermillon), Éditions de la Table ronde, . Rien que pour cela, éternelle reconnaissance.
Or, au coeur palpitant de sa pensée, il y a un concept inouï : le divertissement. Quoi que l’on fasse, notre condition nous place en situation de nous divertir pour oublier le constat tragique de la mort :
Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais.2Voir ICI.
Or, si la maladie oblige à contempler de front cette fin inéluctable, elle va servir de nouveau divertissement pour la fuir. De RV en RV, d’analyses en analyses, de recherches sur internet en réunions de malades, on tourne, on souffre, on s’occupe à être malade. On espère. On désespère. On cause. On écrit des blogs. On les lit.
Pascal n’est pas dupe de cette agitation. Il ne cherche pas à la résoudre contrairement à Nietzsche. Il constate le fait insoluble pour s’en remettre à un autre. Cette joie partagée de la vérité et de la faiblesse est pour moi autrement plus satisfaisante que toutes les bouillies issues du développement personnel.
Non seulement on lit les blogs du causeur sépien, mais on écrit dessus… Ecriture sur écriture. Divertissement pour divertissement : la douleur diluée dans le partage des mots ? A peine parfois des pensées. Souvent juste un constat : » c’est comme ça, c’est la vie », rien à ajouter.
On commente le commentaire sur le constat que nous n’y comprenons rien. Remplacez le « nous n’y comprenons rien » par « le Mystère du Dieu ineffable » et vous basculez dans une littérature spirituelle du meilleur aloi. Un blog rabbinique en quelque sorte.
En quête de quelque considération sur le cher Blaise (non pas le poussin masqué de Claude Ponti, mais le philosophe de nos inquiétudes profondes), je cherchais une publication contenant le mot « divertissement » et c’est l’article « Sep comme divertissement » qui m’est proposé. Je m’amuse donc du commentaire infini, pour le simple plaisir d’écrire pour ne rien dire – une des formes faciles du divertissement, sépien ou non.
Une lecture infinie de la maladie, donc…
Lecture à compréhension variable d’une écriture variée développée d’ irm en scaner jusqu’à ce qu’il ne soit même plus utile de prendre la moindre image de ce qui se joue, trame, lie ou délie dans le dedans des organismes zozotants; de mots savants mis sur les maux (facile jeu de mots/maux, certes) en silence posé sur la douleur; entre points et virgules du protocole thérapeutique, entre pleins et déliés de la pathologie, et ses blancs enfin – surtout ses blancs, temps de répit où l’on reste tout ébahi ballot benêt mais réjoui de n’avoir plus mal ou se sentir moins fatigué (oh, ça ne dure pas, on n’ose à peine respirer parfois de crainte que l’état de grâce ne prenne fin trop vite, mais le temps que ça dure, c’est l’éternité frôlée, un parfum de printemps, une brise caressante, une fraicheur d’eau pure ! ). Quel curieux poème. En effet, c’est à n’y rien comprendre, sauf à considérer la persistance de la lumière qui nous appelle à nous fondre en elle.