L’incurable comme révolution et utopie

La SEP primaire progressive est une maladie incurable. Le médecin traite les symptômes et gère au mieux la dégradation, afin d’améliorer les « conditions de vie », entendez de ralentir l’inéluctable. Il y aurait beaucoup à dire sur ce projet par défaut. Il y aurait beaucoup à méditer sur ce défaut qui est aussi une qualité inespérée, comme sur cette médecine d’accompagnement qui est une grande et belle médecine. La seule peut-être.

 

Incurable signifie qu’il n’y a rien à faire. Ce rien à faire ne me révolte pas. Au contraire, il me fascine parfois, m’attire, me convoque. Je n’y vois pas une insupportable limite, mais aussi un chemin d’aventure, une invitation mystique, voire un outil révolutionnaire très explosif. Rien à faire dans ce tourbillon d’actions et de réactions, d’allers et de retours, de débats politiques stériles. Rien à faire par devoir, promesse d’une société sans peur, espoirs ou désillusions. L’ennui, le repos et le réel comme commun en partage. La décroissance des idéologies ! Qui sait s’il ne s’agirait pas là de l’antichambre de la joie, de la paix et de l’amitié universelle !

 

Divine surprise : plus de petit livre rouge, mais un carnet de santé. Plus de faucille et de marteau, notre Carte vitale. Plus de révolution, une ponction lombaire. Imaginez camarades, si tous les sépiens du monde se donnaient la main ! Tremblez, tyrans, l’avant-garde du prolétariat est en marche, cannes en main, affairés à ne rien faire !

Liberté, liberté chérie...

Le grand soir m’est ainsi apparu à 19h, comme je rêvais, seul dans la salle d’attente, secteur Neurologie 2.

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