Totale hypnoz

Un nouveau magasin Noz ouvre en face du Leclerc !

 

Noz, bien plus qu’un magasin. J’y passerais des heures, à déambuler jusqu’à la nausée à travers le reliquat idiot et improbable de nos sociétés libérales. Dans ce fatras cérémoniel qui ose le déversoir apocalyptique des choses brutes et monotones, j’aime d’abord la devanture qui dit :

100% dégriffés / fin de séries / sinistres.

J’y vois la réalité de ma vie ensépée, existence fin de série, sinistrée et dégriffée des marques de l’inclusion sociale : travail, ambition, déplacement, activités, etc. C’est pourquoi, je serai bientôt précipité à mon tour dans un grand bac blanc en bois aggloméré. J’y voisinerai un lot de T-shirts Ketty Cat, des housses jetables, un olivier défleuri, des pinces monseigneur coupe-boulons, une édition désherbée de littérature fin de siècle et des bouteilles de Beaujolais village. On me tripotera sans envie, l’air détaché.

 

Ah Noz, toi mon avenir, je chante ta gloire illuminatrice. Déjà, ton nom béni infuse mille images cabalistiques. Je vois la nuit sombre et mystérieuse qui dévore les ambitions. Mais aussi de terribles héros nordiques jaillis des brumes de Norwège comme des envols poétiques à la Victor Hugo. Et tant d’autres choses encore, horribles, délicieuses.

 

Cette ode au rebut sera grande et terrible. Sa puissance incantatoire convoquera des puissances enfouies qui abattront par magie les murs du vieux bagne matérialiste. Dans cette trouée subreptice résonnera le cri des anciens prophètes. Dilué par ce souffle véridique, soulevé des contingences au lieu même de la relégation, je m’élèverai loin des pesanteurs, saisi de transes jubilatoires et de visions rédemptrices.

 

Ainsi, au Noz de la zone commerciale Sud, nouvel Armageddon, Cap Canaveral des échappées libres, j’entrevois l’invitation chamanique au voyage par-delà la matière vers l’irréel soudain ouvert.

1 réflexion sur “Totale hypnoz”

  1. Overd’Oz au pays de la magie consumériste…

    Les produits mis aux rayons des enseignes discount se rebellent, osant prétendre à la reconnaissance de leur dignité bafouée.
    A leur tête, un prophète, regard perçant et canne assurée : voix qui crie depuis les entrepôts et les centres de destockage, appel au rêve (désincarné à réincarner d’un corps nouveau)  d’une réalité à subsumer….
    Point de fuite dans le plan large des excès matérialistes ( les néons créent-ils encore l’illusion de la lumière ?), plongée /contre-plongée dans le maelström écoeurant de l’offre et de la demande frelatées, comme un baptême libérateur…

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