Sous les pavés

Le macadam se fissurant devant chez moi, je vois réapparaître les pavés centenaires. Ceux-là même qui faisaient ma douleur lorsque je déboulais devant la cathédrale, à fond les ballons, sur mon vélo rouge Peugeot trois vitesses.

 

Quand tout se fissure, le passé fait retour. Il n’avait jamais disparu. Braudel et l’observation attentive de la voierie nous le rappellent.

 

Avec ma petite culture historique, je conviens que notre monde traverse un bouleversement technique inédit par sa vitesse. Nulle invention comme le téléphone portable ne s’est diffusée aussi vite, aussi loin, avec tant de conséquence. De même pour l’I.A. Toutefois, un lecteur attentif de S.F. (Asimov, Dick et consorts) sait cela depuis cinquante ans. Il est dommage que nos chères élites politiques et administratives n’aient pas lu ou cru ces auteurs prophétiques.

 

Filons la métaphore. La joie et l’espérance des Trente Glorieuses ont craqué sous l’usure et la paresse. Les trous de surface révèlent en sous-sol une vaste convection d’angoisse et de tristesse. Le temps se rétracte. Une fin tragique est de nouveau possible. La nostalgie de l’âge d’or érode le projet moderne. On retrouve ainsi les grandes orientations antiques et médiévales, que Jean Delumeau avec d’autres avaient magnifiquement mis en lumière. Là encore, tout est nouveau, mais déjà su.

 

Il est clair que la maladie dégénérative travaille à l’unisson. Chaque matin, la SEP rappelle que sous l’existence insoucieuse, ses rêves lisses et futiles, travaille l’organique fragile et putrescible. Le temps nous est compté. La fin approche, avec ses réductions et douleurs préventives. Le sépien consonne avec l’époque.

 

Sous l’enrobé, les pavés. Sous les pavés, la plage. Mais sous la plage délirante, d’autres pavés, rudes et obstinés, dessinent un horizon tragique, celui d’Euripide, Montaigne et de nos grands-mères, dont seul le Fils de l’homme nous abstrait.

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