Vendredi saint

Vendredi saint. Il est d’usage de quelques efforts ascétiques. Ils rassurent ou signifient à défaut une volonté maladroite de s’associer à la souffrance du Christ et du monde. Mais que rajouter quand Mme Sep vous convoque chaque jour à l’ascèse rigoureuse ? Que dire, que faire du fond de ma déliquescence, à travers mon hébétude ? Que retirer lorsque l’on voyage déjà à l’os ? Rien en fait. Ce serait trop.

 

Me voici donc incapable d’ascèse de circonstance, et, indirectement, guérit de toute tentation au spectacle spirituel. Ce vendredi sera un jour très ordinaire. La mort du Christ se révèle ainsi comme un événement extraordinaire sur un fond bêtement banal. D’ailleurs la majorité des contemporains n’auront rien vu. Ce qui l’on vu n’auront rien compris. Deux mille ans plus tard, bien des points restent à découvrir, à recevoir, à convertir.

 

C’est pourquoi je passe ma journée sans discipline ni exploit ascétiques à méditer vaguement. Quoi offrir ? Ce qui vient alors est ma condition nouvelle d’une existence sans voiture. Cette réalité me semble de fait un peu crucifiante. Elle participe à sa manière, évidente et triviale, à la mort elle-même, une mort réelle, sans aspect ni qualité. J’envisage ainsi différentes solutions, y compris un tricycle, ne pouvant plus faire du vélo. L’idée du tricycle me plaît. Elle est joyeuse et un peu trinitaire.

 

Un tricycle au pied de la croix, je n’ai plus que cela à proposer !

 

Ainsi rabaissé, libéré des habitudes et du devoir, de la mauvaise conscience aussi, le triduum se traverse bien autrement. Comme une grâce qui n’appelle ni mérite ni condition, et se reçoit au plus bas.

 

1 réflexion sur “Vendredi saint”

  1. En creux de cet article, quelques mots viennent à l’esprit à propos d’ascèse pascale et de descente au plus bas. Deux noms s’imposent : « abandon » et « silence ». Il s’agit ici, selon une méthode éprouvée, de suivre le questionnement ouvert par ces deux mots.

    L’ascèse du vendredi saint est station, voire sidération, dans l’étrange et déroutant silence des souffrances indicibles vécues à la croix.

    L’ascèse du vendredi saint est-elle abandon ?
    L’ascèse, alors, est-elle abandon au silence assourdissant de Dieu, seule réponse possible au cri du Fils, « Eli Eli, lema sabactani », qui Lui-même s’abandonne ?

    Comment soutenir l’insoutenable avec la seule force d’une foi humaine ?
    L’ascèse, alors, n’est-elle pas abandon à la foi du Fils qui s’en remet au silence du Père ?

    (Jusqu’à ce qu’un ange, comme dans un tableau d’Arcabas, ne vienne à vélo nous annoncer l’heureuse nouvelle.)

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