De l’amour
On m’interroge sur le titre du blog. Je réponds en citant un grand moraliste, Pascal Obispo1Pascal OBISPO, Lucie. :
Le temps c’est de l’amour.
Obispo a pleinement raison. L’amour s’abreuve de patience, douceur, disponibilité, écoute. Il naît du temps rendu à lui-même, non plus exploité et éventré pour remplissage. Un temps pur et irréversible, cristallin comme l’éternel, matrice de toutes les promesses et de tous les dons.
Seulement voilà. Notre époque abolit avec méthode ce temps lent, insaisissable et plein. Elle l’empoigne et le compresse, le dope à l’extase et l’intensifie à l’extrême. Ce faisant, elle détruit la forme nécessaire de l’amour ancien, celui dont nous portons la nostalgie au tréfonds de l’âme. Elle agit ainsi par intérêt et profit, car l’amoureux en toutes choses ne consomme guère. Il habite des lieux perdus, où l’on se perd en l’autre et oublie la marchandise ! Transi et tragique, il contemple, s’abstrait et se tait. Il renonce à expliquer.
Ainsi, l’amour corrompt à la moelle le modèle économique et son injonction dogmatique à la croissance. Il s’éloigne de ce monstre froid, immédiat, cumulatif et extensif. Par le fait, il neutralise le poison qui abolit la possibilité du sacrifice et de tous les récits2Cf. Byung-Chul HAN, La crise dans le récit, (trad. de l’allemand par Olivier MANNONI), Paris, Puf, 2025.. Je bénis donc SEP qui, par sa malice coutumière, contournant tous les règlements, me rend le temps et la possibilité amoureuse.
L’amour serait à réinventer, dit-on. SEP s’y emploie à sa manière sauvage, charnelle et douloureuse.