Un universel de la peine

On s’alarme de la crise de l’universalisme, mité par les relativismes, atomisé par l’individualisme. Par-delà discours et postures, SEP me sauve de cette vague supposée dangereuse. Je m’explique.

 

Il en va de l’universel comme des infinis, il y en a beaucoup, dont quelques imitations plus ou moins frelatées. Précisons donc.

 

Le premier véritable universel que j’ai rencontré est l’universel mathématique. Quoi que je fasse, où que je sois en géométrie euclidienne, la somme des angles d’un triangle vaut 180 degrés. Même Dieu n’y peut rien changer ! Cette constance miraculeuse berça ma jeunesse insouciante. Elle réjouit encore ma vieillesse languissante.

 

Le deuxième fut l’universel chrétien, conséquent dans l’ordre des corps. Alain Badiou, digne rejeton d’une famille rationaliste et anticléricale, le concède dans un livre intéressant1Alain BADIOU, Saint Paul. La fondation de l’universalisme, (coll. « Collège international de philosophie »), Paris, Puf, 2014. Voir par exemple ICI.. Malheureusement, certains chrétiens s’évertuent à saper cette révélation en réinstaurant limites, frais de douane et privilèges.

 

Le troisième est ma chère SEP, émergence personnelle d’un phénomène plus large : la maladie, le mal, l’échec, le malheur. Cet universel de la maladie n’est pas fondé sur une idée, mais sur un événement. Elle ne naît pas du désir ou d’une extension ad infinitum, mais de l’échec qui brise et de la contradiction qui altère. La plaie ainsi ouverte permet l’échange, ne serait-ce que par des silences qui n’ont plus besoin de mots. Elle sauve de la solitude et active un désintérêt de soi. L’autre apparaît, aimable parfois.

 

Que le Christ fonde l’universel évangélique sur l’amitié active envers l’universel du malheur n’est pas un détail moral. Il s’agit bien d’une forme logique et nécessaire, sans laquelle rien ne demeure de l’expérience du salut.

 

Ne reste plus qu’à en déduire une géométrie de l’existence. Dès lors, tout sera uni et consommé. CQFD !