Ma vie sans mail

Ce matin j’atteins le vide et la vacuité totale. Une première depuis des années : pas de courriel dans mes boites de réception mail :

Nous n’avons trouvé aucun élément correspondant aux critères de recherche.

Á force de faire le malin, de jouer la pantomime du retrait, voilà le résultat. Vraiment, aujourd’hui, je suis mort au monde.

 

Pourtant, j’aspirais à cette déconnexion prophétique et sublime. Mais, soudain, le doute m’assaille : que sert de vivre dans le désert si personne ne le voit ? Comme la société nous éduque tellement au panoptique et à la mise en scène permanente, le surmoi monstrueux panique. Il s’agite en tout sens. Solitaire certes, mais aux yeux de tous ! Un ermite médiatique.

 

Ah SEP, aujourd’hui je te déteste ! Tu réalises ce que tu dis, tu m’obliges à la vérité et aux promesses. Vite, j’écris un post pour renaître, retourner dans le groupe et m’y blottir dans la chaleur grégaire.

 

Pourtant, j’aurais dû m’en douter. Hier, je me suis fait engueuler d’être malade et en déconstruction. Je conviens si peu aux attentes. La pastorale bourgeoise aime si peu l’imprévu. Le prêtre est un salarié, ne l’oublions pas. Il participe à la valeur travail, entendez une activité contrôlée, soumise aux flux régulés de la croissance, distillant aux indécis un nécessaire supplément d’âme. À ce trait, je reconnais là ma sale éducation d’enfance, à lire Marx et les auteurs aux idées avancées, à douter des évidences.

 

De fait, je me suis défendu avec maladresse :

Je ne vous coûte rien.

N’empêche. Il en coûte toujours à Narcisse de ne plus défaillir de contentement en contemplant son reflet dans l’eau. Sur l’onde légère, l’image atroce du malade déjà cadavérique pollue la jouissance de l’ego. Je déroge. De quoi vomir !

 

Comme cette vomissure glissait vers l’égout, je compris que cette place serait la mienne désormais. Demain, la station d’épuration et sa chimie rédemptrice auront lavé ce triste camouflet.