Les tâches ménagères

La grégarité sépienne oblige à une sédentarité maline. Pour ma part, petit logement, facile à nettoyer, avec une grande pièce à vivre faisant office de bureau connecté et de chambre à coucher. Tout en un sur 35 m2, le cadeau miraculeux d’une existence en cellule, unifiée à l’infini.

 

Demeurant le plus souvent au même endroit, la propreté dudit lieu devient un enjeu de bien-vivre. Si les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse, elles participent aussi du soin. Mais, à y bien regarder, elles portent également une forte dimension spirituelle. En effet, leurs répétitions quasi hebdomadaires indiquent l’inéluctabilité de la contingence et la souveraineté du principe entropique.

 

Dans ce flux déliquescent en pente douce vers la mort, nous sommes embarqués, ce que la Bible dit dans son langage. L’humain n’est pas façonné de l’humus, mais de la poussière1Voire « débris» (hb. ‘aphar; Cf. Gn 3, 19) de l’humus (hb. adamah), entendez sa part infertile, provisoire et superficielle, soudain insufflée de l’haleine divine (hb. nishmat)2Cf. Gn 2, 7.. Dès lors, le retrait de ce souffle, unique source de vie (hb. nephesh), laissera le corps matériel, sa forme et son monde, pulvérisés et inertes. Aussi, l’aspirateur n’aspire-t-il pas seulement de la poussière, mais tout autant nos aspirations délirantes à une vie sempiternelle, centripète, autocentrée, satisfaite et repue. Sa pratique régulière est une ascèse aussi efficace que mille retraites sacerdotales au fond des bois.

 

Pour nous, prêtres, le paradoxe consiste en cela. Plus vous gravissez l’échelle du monde clérical, plus on prend en charge votre vie quotidienne, et moins vous recevez la grâce du plumeau et du balai qui pourrait vous préserver des dangers d’un ministère obèse, qui ne sert plus croyant se donner.

Déchirante infortune !3Arthur RIMBAUD, Une saison en enfer, L’Impossible (ICI).

Heureuse maladie donc, qui me libère à mesure où elle écrase, ravive comme elle instille un goût âcre de poussière à toute l’existence.