Chez le pharmacien
J’aime bien aller chez le pharmacien.
Tous les mois, j’arrive avec un petit sac et mon ordonnance bizone semestrielle. J’attends poliment, appuyé sur ma canne noire. Cela fait style. J’attends. Je regarde, j’écoute. C’est mon tour. Joie. En fait, il y a presque que des femmes, et mignonnes, avec de jolies blouses blanches et des liserés de toutes les couleurs. C’est style aussi.
Je dégaine ma carte vitale au moment exact, genre habitué du comptoir. Un gars efficace en somme, bricoleur et discret, le mari idéal. Au retour de la réserve, petite conversation. Je glisse une blague quelconque. Qu’est-ce que je risque, vu mon état ? Souvent cela passe. Petit sourire, regard discret. Poli, je sors avec un brin de lassitude, histoire de marquer ma sortie d’une légère touche tragique. J’ai appris cela aux cours de théâtre. Soigner son entrée et sa sortie. Au milieu, tu fais ce que tu peux.
Chaque mois donc, je vais chez mon dealer. C’est gratuit, un brin érotique et plutôt joyeux.