Prêtres en morceaux

Dans cet « opuscule »1Gérard DAUCOURT, Prêtres en morceaux, (préface de Pietro PAROLIN), PARIS, Cerf, 2022, p. 20. Voir ICI., Gérard Daucourt, évêque émérite de Nanterre, entend présenter les causes du mal-être des prêtres (surcharge, discrédit, sécularisation décourageante), les dangers qui les guettent (cléricalisme, activisme, dépression) et préconiser certains éléments thérapeutiques (silence, repos, collaboration, pastorale de la communion). L’honnêteté de l’auteur est certaine, son expérience et sa clairvoyance aussi.

 

 

Cependant, il est dommage qu’il arrête là ses « brèves réflexions ». Il manque les éléments de l’analyse systémique. Citons en particulier la morale sexuelle, la théologie des ministères ou la tendance autocratique de la gouvernance épiscopale. À ce titre, il n’est pas indifférent de remarquer combien ces quelques lignes tranchent avec la préface cardinalice au goût insipide. Devant ce constat, l’espoir d’une réforme courageuse venant de la Curie apparaît peu probable.

 

La postface semble plus encourageante. Néanmoins elle ne pose pas la question qui s’impose : pourquoi des prêtres si anciens dans une pastorale si nouvelle ? Durant l’exode, seuls les enfants nés au désert entrèrent en terre promise (sauf Caleb et Josué, pour des raisons différentes). Les prêtres sacerdotaux qui ont goûté les viandes d’Egypte peuvent-ils ne plus les regretter ? La sagesse biblique répond que non. Voilà qui résout la question lancinante de la « crise des vocations ». Bonne nouvelle !

 

Des prêtres en morceaux, détachés et disponibles malgré eux pour faire transition vers autre chose, voilà qui active soudain une mission pastorale, inespérée et joyeuse. Avons-nous là une manière vraiment évangélique de pontifier, entendez de faire pont vers l’avenir ?