Noël au lit
Ce soir, 24 décembre, je serai en chambre comme toujours vers 19h30-20h. Difficile d’aller plus tard sans le payer cash pendant trois jours. Dans l’âpre méditation, l’épuisement absolu qui m’étreint me paraît parfois faire signe vers la fatigue immense d’un monde survolté et erratique, un monde de recensement permanent et d’exil loin de soi.
Réveillon de Noël au lit donc, en communion involontaire avec beaucoup d’autres. Eux comme moi n’ont plus leur place dans la salle commune (gr. kataluma ; cf. Lc 2, 7), celle qui fut refusée autrefois à Joseph et Marie. La nativité n’eut donc pour seuls témoins que les anges attentifs, quelques animaux tranquilles ou des bergers hasardeux et noctambules.
Les autres n’y verront rien. La bonne nouvelle ne leur était pas (encore) adressée, n’étant pas à l’endroit adéquat.
Curieux endroit, tout de même ! Désormais, je consens à cette solitude contrainte sur matelas 140X200 cm. Elle n’est pas infernale. Il semble qu’il faille aussi des clercs obéissants en ces lieux désolés. Autrement, quelle Église servons-nous ?
D’ailleurs, l’enfant, saisi et contraint, tout emmailloté, est couché dans la mangeoire, déjà prêt à être dévoré. Luc, auteur précis et qui attend de ses lecteurs qu’ils le soient tout autant, reprendra une seule fois ce mot rare. Il désignera alors la pièce choisie par Jésus pour manger la pâque avec ses disciples (cf. Lc 22, 11).
À l’autre bout de l’arc narratif, le lieu refusé s’offre désormais comme la pièce ouverte d’un salut inédit. Le Christ naît, vit, meurt et ressuscite aux périphéries. Son message marginal se donne avec les stigmates de l’utopie. Loin des princes et des grands prêtres, qui se divertissent en des festins coruscants d’objets vaniteux et de gloire illusoire, un peuple d’ombre, taiseux et rejeté, entend et voit. Il reçoit au cœur une espérance qui sait se taire.