Obock
En classant le fonds iconographique de la bibliothèque diocésaine, je découvre un lot de trente sept photographies d’Obock, comptoir français de la corne africaine, situé non loin de Tadjourah et Djibouti. Il semble qu’elles datent de 1893.
Pas de Rimbaud donc, puisque mort en 1891, mais bon, je lis des livres sur le poète et Obock, en particulier celui de Salgon. Et soudain, au détour du récit, en bas de la page 106 :
Être autre et être ailleurs se rejoignaient dans un mouvement qui toujours cherchait à s’évader d’un but. À chaque nouvelle entreprise, chaque nouvelle étape, chaque mot, c’était comme si quelqu’un qui n’était pas tout à fait moi s’essayait à une autre vie, une vie qui n’existait pas et qui pourtant parvenait à se frayer un chemin dans la réalité.1Jean-Jacques SALGON, Obock. Rimbaud et Soleillet en Afrique, PARIS, Verdier, 2018, p. 106.
Ah ! Je pose le livre. Je pense, l’air grave. Avec SEP et son assignation à résidence, plus d’« ailleurs » possible. Si j’en crois l’auteur, plus d’« être autre » conjoint. Étrange phénomène cependant, puisque la maladie ressemble en première analyse à une formidable altération. Altéré à la moelle, le sépien ne le serait pas, ne pouvant plus l’être. Il serait bien plus un humain maudit, condamné à devenir pleinement lui-même. Quelle horreur !
Salgon parle de Rimbaud, voyage à sa suite, et raconte ses pèlerinages. Mais a-t-il vraiment cru le solennel avertissement :
On ne part pas. — Reprenons les chemins d’ici, chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l’âge de raison — qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traîne.2Arthur RIMBAUD, Une saison en enfer, MS 4, 1873; voir ICI.
Pour ma part, voilà où j’en suis : Rimbaud fuit pour ne plus se fuir, et ne plus ajouter des mots au mal. Je n’est pas un autre. Il faut chasser les ailleurs infernaux et viciés, les arrière-mondes poétiques; revenir à soi, demeurer en paix et en silence, quoi qu’il arrive. Voilà l’enjeu, la vie éternelle.
Le malade l’éprouve malgré soi. Rimbaud le recherche et nous en indique la joie.