Honteux, incertain

Au détour d’un livre de Mario Vargas LLOSA, je m’arrête sur cette phrase d’apparence anodine :

Il se sentait honteux, incertain. »1Mario Vargas LLOSA. Le rêve du Celte (French Edition), Editions Gallimard, Édition du Kindle, p. 192.

D’où vient que l’on est saisi par des mots, comme on est troublé soudain par un visage de femme dans une foule, ou happé par un tableau dans une galerie de peinture ?

 

Honteux car incertain, incertain car honteux ? L’incertitude dit-elle l’inquiétude chère à AUGUSTIN ou PASCAL ? Critique-t-elle à froid nos existences engoncées dans leurs régimes de certitude et de maîtrise, leurs bulles-forteresses ? Lorsque l’incertitude dissout le rêve illusoire, que reste-t-il ? L’incompréhensible, la culpabilité, la honte ? La honte par-delà toute faute concrète, la honte relationnelle d’abolir le mirage et d’annoncer une mauvaise nouvelle, la honte décrite par KAFKA et qui survit à la mort du sujet ? Car si l’incertitude brise toute limite, où s’arrête désormais le dysfonctionnement social qu’elle provoque ?

 

Que la SEP fasse basculer dans l’incertain, le désordre et la discontinuité, rien de plus évident. Cette contrariété dans l’essence s’identifierait peut-être à ce mal mystérieux et trouble, à cette honte. Elle susciterait chez l’autre un sentiment diffus de malaise et de dégoût. Il semble dès lors logique qu’un tel germe déstabilisateur nécessite de solides mesures prophylactiques, tant il semble insupportable d’apparaître nu et désœuvré. Comment pardonner l’ambition involontaire d’être à ce point ici et ailleurs, humain et inhumain, emporté (sauvé ?) au loin vers un infini éperdu ?