La petite Fadette

Je termine hier un livre d’histoire religieuse et je découvre dans une note une référence louangeuse à La petite fadette de Georges Sand. Du coup je télécharge le livre sur ma tablette via wikisource. Bénie soit cette époque décadente où l’on peut ainsi s’offrir gratuitement les Classiques à l’infini, puisqu’ils n’ont plus de valeur sociale. Bénie soit cette maladie qui m’oblige à lire, ne pouvant plus guère faire autre chose.

 

Au quart de l’ouvrage, trouvaille de composition, apparaît ladite petite Fadette, immédiatement suivie par son frère cadet, Jeanet le sauteriot :

Adoncques le pauvre Landry, en se retournant, un peu ennuyé du coup qu’il venait de recevoir à l’épaule, vit la petite Fadette, et, pas loin derrière elle, Jeanet le sauteriot, qui la suivait en clopant, vu qu’il était ébiganché et mal jambé de naissance1George SAND. La Petite Fadette (1849) (Emplacements du Kindle 768-770). Calmann-Lévy. Édition du Kindle..

Me voici de suite en identification avec ledit Jeanet, puisque tout autant clopant (je découvre ainsi l’origine du terme argotique cloper), bien ébiganché et mal jambé. Dès lors, il me tarde de découvrir ce que va devenir ce petit claudiquant champêtre.

 

Pas à dire, la littérature, avec style et vocabulaire, c’est autre chose. Elle transforme en un éclair le handicap à coefficient de nos administrations bureaucratiques en poésie. Elle me sort de la solitude et me présente plein de cousins romanesques, étranges, magnifiques, sensibles ou piteux. Un constat s’impose. Derrière chaque grand homme, une femme, derrière chaque société sa cohorte d’esclaves, derrière chaque héros un mal foutu, « tortu et malplaisant ».

 

Aussi, une question me taraude. Ne faut-il pas aller plus loin ? N’est-il pas temps d’élargir la lutte et d’exiger des places réservées, non plus devant les médiathèques et théâtres, mais dans tous les romans, pièces et poèmes. N’en déplaise aux bien-portants, ne faut-il pas imposer un D’artagnan en fauteuil, un Cyrano manchot et une Martine sépienne ? Une I.A. progressiste et inclusive fera cela très bien.

 

Tremblez éditeurs, libraires et bibliothèques ! C’est moi, Thierry-le-Rouge, le cri de la colère et de la révolte ! Aujourd’hui, les clopants débarquent, avec leurs douleurs légitimes et une batterie d’avocats. Ils crient justice.

 

La rumeur gronde. Elle sourd des culs-de-basse-fosse : Je suis Jeanet le sauteriot.