Fenêtre sur cour
Je lis tout Reverdy1Pierre REVERDY, Œuvres complètes, 2 tomes, édition par Étienne-Alain HUBERT, coll. « Mille et une pages », PARIS, Flammarion, 2010.. Nul doute qu’il va envahir ce blog.
Dans Poèmes en prose, recueil de la guerre et des grandes adversités, la chambre recluse s’ouvre par une fenêtre qui se précipite sur sa compagne, en face. Derrière celle-ci, il y a l’espoir vite interdit de la femme désirée, de sa parousie et d’un avenir partagé :
J’ai préféré le coin le plus aigu de cette chambre pour être seul ; et la fenêtre d’en face s’est ouverte. Viendra-t-elle ?2« Toujours seul », Poèmes en prose, I, 15.
Il y aurait beaucoup à écrire sur la géographie de ces chambres-cellules de poètes et de héros littéraires, celles de Don Quichotte, de Baudelaire, d’Esseintes, celle de Nouveau et Rimbaud, à Londres, où rédiger les Illuminations, etc. Quoi qu’il en soit de ces études magnifiques, ce « coin le plus aigu », les malades le connaissent à l’intime, bien qu’ils ne l’aient aucunement « préféré ». Il emplit tout leur espace contraint, désormais. Cependant, la solitude décrite restera de façade tant la maladie se pose comme l’idole indélicate, poteau de bois durci, planté au centre du tout petit royaume enjoint. On y cohabite en sous-texte avec la mégère qui grouille son grignotage de souris besogneuse.
Quant à l’appétence adultérine pour la voisine en vis-à-vis, elle est pour moi brisée net par le mur de la Poste et sa majestueuse toiture d’ardoise. N’ayant plus à attendre la divine ouverture, je peux laisser l’esprit divaguer et ainsi échapper aux douleurs de la chair. Revient alors en sourdine la ritournelle triste et lycéenne du divin Verlaine tant le ciel, à défaut de tout, obstinément demeure
par-dessus le toit, / Si Bleu, si calme !3Paul VERLAINE, Sagesse VI, 1893; voir ICI.
Mais le doute ancien me taraude. Ce calme analgésique, bleu du froid intense et des alcools violents, ne serait-il qu’une nouvelle fuite paradisiaque par l’ouverture subreptice de l’antichambre de la mort ?